Voyeur

Voyeur de tes ébats, de tes lenteurs. Doucement bat ton cœur. Les pieds nus sur le parquet. Ballerine aux pas muets. Dansant en pleurant. Hoquetant en trébuchant. Les bras écartés. A maintenir l’équilibre envoutant. De ne pas chuter. La robe se liant. Autour de ton corps. Ensorcelant ce moment. Vivant ou mort. Je ne sais plus. Maintenant ou hier. Il y a si longtemps. La douceur de ta peau nue. Au goût sucré ou amer. Un souvenir inanimé. Des ébats oubliés. En croyant te voir danser. Au travers d’une fenêtre vague silhouette. Les yeux à rêver. Pauvre marionnette. Les fils accrochés à ton cœur. Dans le mouvement saccadé. De tes pas, de tes peurs. Tu ne m’entends pas. Tu ne me vois pas. Impuissant, je suis là. Voyeur de tes ébats, de tes lenteurs. Tu es emportée, ensorcelée. Vers un autre ailleurs. Émiettée, morcelée. Je te vois t’effacer. Comme si tu n’avais jamais existé. Je ne peux te retenir. Croire que je t’ai inventée. Pour ne pas oublier. Te faire revenir. Tricher avec le passé. Le déformer pour le maquiller. De cette danse, toi les pieds nus sur le parquet. Tournoyant pour t’enivrer. Derrière une fenêtre à nous séparer. Sans pouvoir s’approcher, ni se parler. Voyeur de tes ébats, de tes lenteurs. Ta vie à l’intérieur. La mienne à l’extérieur. Maintenant, tout le temps. A jamais, pour l’éternité.
Lire la suiteEnnui

Infinies comme des gouttes de pluie sur une feuille qui plie. Je veux te parler ici d’un lieu où mes pas m’ont conduit. Les reflets d’un lac sous les clapotis. L’image trouble et affadie. De ce présent dans les bois à l’arrivée de la nuit. Les fleurs qui se lassent, se délavent sous la pluie. Le vent devenu calme et assagi. Je marche entre des arbres aux troncs noircis. Ombres rigides dans le mausolée d’un printemps reverdi. Traînent paresseuses les ombres d’une angoisse meurtries. Dans le silence pesant d’un ciel qui s’obscurcit. Se morcelle alors la déliquescence de mon ennui. Je pourrais y trouver une once de poésie. Douce emprunte de mélancolie. Cherchant la torpeur et la candeur d’une âme endormie. S’évaporant dans le brouillard qui s’épaissit. Je t’appellerai au secours pour que tu me ramènes à la vie. T’offrant en échange le goût des fruits interdits. Avant tu auras lu le texte où il est écrit. Que nos pas marchent sur les traces de notre nostalgie. L’époque où nous vivions entre les murs d’un paradis. Vague souvenir dont il ne reste aujourd’hui. Qu’un ennui infini écrasant la feuille qui plie. Le poids lourd des larmes de nos pluies. Une à une les gouttes avachies. Passent dans le sablier d’un temps affadi. Toi et moi, métronomes de nos instants inaboutis. Là, va mon idée de nous, une vue de l’esprit. Ce soir au travers du brouillard et de la nuit. Entre les arbres où se languit. Ce désir, cette envie, cet infini. De tuer mon ennui dans l’éclat de ton visage qui rit.
Lire la suiteReine et roi

La génétique de nos rapports fusionnels n’a que le sens pratique. De faire couler sur l’infusion de nos sentiments les larmes du diable. Je ressens ce déversement fanatique comme une attitude frénétique tout juste palpable. Le souffle du sable sur la pierre dessinant l’expérience d’un bonheur fugace. Dans la tendresse passagère d’une pause mensongère qui s’agace. Ta main qui frémit, ton âme qui s’endurcit. Je bois ta vie. Comme l’élixir absolu de bonheur dans une ivresse qui te met à nu. Ondulent les points et les virgules entre les mots que je susurre. Ne pas être vu, ni même entendu. Je veux juste que tu sois sûre. Qu’il n’y a pas de plus beau royaume que celui où tu seras reine. L’enfant roi à nos pieds. Le monde à l’admirer. Vous deux à qui j’offre joies et peines. Le puissant témoignage de notre fortune dans l’aisance carnassière de notre altitude. Séquence intemporelle d’une éternité perpétuelle, notre attitude. C’est ainsi que se raconteront nos envies. Dominer, écraser, vénérés. C’est ainsi qu’il sera dit que nous avons agi. Nos trésors, nos sorts, nos torts. Je vois les anges se prosterner, les sirènes s’agenouiller, le chant des elfes les envelopper. L’immatérialité de notre pensée plaquée dans le marbre gravé. Le sceau de l’écorce de notre force. J’épelle ton titre de reine. Tu es à moi. Moi ton roi. Je suis à toi. La génétique de nos rapports fusionnels n’a que le sens pratique. D’avoir su apporter à nos vies une essence dramatique. La mort venue j’aouterai fantastique.
Lire la suiteAmour pour toujours

Au bout de la nuit, il y aura les spasmes du poème interdit. Là où il est écrit que nous sommes maudits. Au bout de la route, il y aura la déroute de notre vie. Là où il est dit que notre avenir est enseveli. Les lignes du poème qui portent les contraintes de notre ennui. Je te hais, je te mens, tu me hais, tu me mens. Tout le temps, l’été, souvent, à jamais. Comme des forcenés. Sans savoir si tout cela n’est pas fabriqué. Pour se fuir, se perdre, se retrouver. Marionnettes sur un fil; mouettes au-dessus des îles. Notre vol qui s’achève au bout de la nuit. Dans l’écarquillement des yeux du soleil. L’ombre qui tombe sur nous au fond d’un puits. Jusqu’à ce soir dans un profond sommeil. Je suis le fantôme de tes nuits. Tu es l’âme qui étrangle mon infini. Tous deux réunis par écrit dans le poème maudit. Dans le bal collatéral d’être fatal. Je te sais immorale parfois vénale. J’aime le sang et le sel de tes lèvres. Je te donne le sel et le goût mièvre. De mes larmes coupables. Il n’y a rien de recyclable. Les squelettes de nos deux corps. En poussière dans une tombe, morts. La pierre froide et grise. Du vide, de son emprise. Au bout de la nuit, il y a le dernier mot du poème interdit. Il parle de fin, d’infini, de solitude, d’ennui. Je ne sais plus, nos souvenirs, l’oubli. Toi aussi, je le comprends sans offense. Je me rappelle du début, il fut. Coupable avec cette inflexion impalpable. D’être putréfiable. De s’être aimés, déchirés. Dans les limbes de l’enfer. Ils se sont réconciliés. Avant de revenir sur terre. Maintenant, ils errent.Cherchant un refuge ou leur survie. Dans les pages du poème qu’ils ont écrit. Inachevé, à jamais inabouti. Il ne reste que leur folie. Une poussière qui s’évade dans le temps. Une misère balayée par le vent. Sur le papier en lettres de sang. Les yeux fermés pour imaginer. Ces mots qui ne seront jamais écrits. Amour pour toujours.
Lire la suiteLe temps

Tu as vu un bourdon arrêter le temps. D’un vol lourd et pesant. De fleur en fleur porté par le vent. Se posant sur un pétale lentement. Butinant le miel et le sang. Méthodiquement, avidement. Dans l’air saturé d’un matin d’été. Alors que se levait un soleil presque réveillé. Si proche, si lointain. A portée de main. Le bourdon papillonnant, battant des ailes. Libre, superficiel. Flirtant avec les roses écloses. D’un vol capricieux. Volant leur suc mielleux. Plongeant dans leur cœur. Leur arrachant des pleurs. Comme un assassin sans pitié. Tu as vu le temps se replier. Entre les courbures du ciel et du vent. Perdant le sens de sa destinée. Laissant le bon et le mauvais s’échapper. Dans une parfaite indolence. Pendant que le soleil halluciné. Se contenter de briller. Au bout de son errance et dans une parfaite arrogance. Le bourdon continuant de voler. Brisant le silence. Dans le son répété d’une note frappée. Sur un piano mystérieux. Posé en enfer ou dans les cieux. Métronome du labeur. De l’insecte et de son ardeur. Rien pour les arrêter. Si ce n’est un cimetière de fleurs fanées. Plus tard quand naîtra le brouillard. De l’automne et ses pénombres. Là où vivent le temps et ses désirs sombres. Tu as vu les tombes du temps. Elles sont dans les livres, les mémoires. Elles s’ouvrent certains soirs. Se glissant entre les cauchemars et le vent. A l’abri des fleurs écloses de nos mémoires. Il n’y a pas que des squelettes. Mais aussi ces souvenirs qui t’entêtent. Que tu aimerais qu’ils s’évadent du temps. Volant librement. Emportés par l’appel capricieux. D’un bourdon facétieux. Venu ranimer le miel et le sang. Ce goût merveilleux. De nos jours heureux. J’ai vu dans tes yeux couler. Les larmes de nos étoiles oubliées. Elles ne sont pas encore fanées. Juste égarées au-delà du temps. Dans un espace sans heure. Où sommeillent nos deux cœurs. Nous pouvons les réveiller, il est encore temps.
Lire la suiteNotre requiem

Notre requiem a des couleurs blanches et grises. Comme les teintes d’un pale matin. Traversant les vitraux d’une église. Notre requiem a des notes suaves et tristes. Comme le discours d’un sophiste. S’éparpillant dans le vent. Il raconte le lent mouvement. De nos gestes indolents. Un été à Vienne. A tendre la main à une bohémienne. Cherchant notre destin. Aux carrefours de lignes entremêlées. Emportant nos vies dans le train. De notre présent déjà consommé. Notre requiem a les yeux fermés. Une tolérance sur notre passé. Notre requiem endort nos cauchemars. Le soir au-delà si tard. Dans les langueurs d’un violon. Sur le papier de nos rêves profonds. Je me prends à espérer. De bientôt te rencontrer. Pour renouveler et répéter à l’infini notre vie. Entre douceurs et stupeurs faisant du malheur une erreur. De parcours pour toujours. Un été à Vienne. A tendre la main à une bohémienne. Devant la statue de Mozart. En pensant à notre requiem qui a scellé ce hasard. De battre à l’unisson. Sans autre raison. Que d’aimer ce frisson.
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