Notre mélancolie amputée

Dans le miroir je cherche notre reflet. Désespérément. Quelque chose, un rien, pour ne pas oublier. Brutalement. Les choses, le temps passé. Absolument. Quand nous avions le plaisir de nous regarder. Amoureusement. Un sourire, une moue, pour se taquiner. Langoureusement. Les caprices de nos vies à s’apprivoiser. Jouant. Entre nos ombres assumées. Parfaitement. On aimait se cacher. Malicieusement. A côté du miroir faussant son reflet. Fatalement. Pour refuser, conjurer l’idée. Arrivant. Qu’un jour tout pourrait s’arrêter. Irrémédiablement. On se faisait peur pour mieux se retrouver. Tendrement. L’un à l’autre collés. Imparablement. Ne faisant qu’un dans le reflet. Convulsivement. Nos couleurs celles de l’été. Chaudement. On parlait, on rêvait. Passionnément. De tout, de rien, sans s’inquiéter. Tranquillement. Le monde nous appartenait. Doucement. J’aimais t’observer. Détaillant. Les courbes de ton visage émerveillé. Irradiant. L’image, le reflet. Envoutant. De toi, de moi enlacés. Se tenant. Courbés contre le poids des années. S’enfuyant. Nos pieds sur le bûcher. Brûlant. Nos secondes, nos heures, nos années. Imparablement. Sans parvenir à retarder. L’instant. Venu nous séparer, nous écarteler. Furieusement. Dans le miroir je cherche le reflet. S’endormant. De notre mélancolie amputée. Coupant. Le lien qui nous unissait. Totalement. Il ne reste que des souvenirs morcelés. S’éparpillant. Dans le brouillard du reflet. Enfermant. Nos rêves recroquevillés. Envoutant. Mon esprit dans un appel désespéré. T’appelant. Au-delà de la nuit arrivée. Obscurcissant. Le miroir de notre passé. Définitivement. Pourras-tu l’écouter. Murmurant. Les phrases de notre plus grand secret. Jurant. De ne jamais s’oublier. Promettant. De toujours s’aimer.
Lire la suiteDeux

Il y a le son de ce concerto qui revient. Inexorablement dans ma mémoire. Tu le joues à deux mains. Il s’étend dans l’air du soir. Parfois enjoué, triste, les deux à la fois. Rejoignant les fissures du temps. Je ne sais plus si tu existes… Je t’ai imaginée ou inventée. Peut-être les deux ? Cette image qui résiste. Ancrée en moi à jamais. Heureux ou malheureux ? Tu es au cœur de ma mélancolie. Nous allons ensemble la nuit. Pas à pas tous les deux. Sans parler juste à nous écouter. Entre les arbres pliés. Dans ma mémoire, il y a le vent et la pluie. Allant deux par deux. Dans ma mémoire, tu emportes mon désespoir. Tu as cette force, je te l’ai donnée. Tu m’as fait ce don de l’accepter. Il est rouge et noir. En lettres de sang sur papier de cendres. S’envolant au vent. Doux et tendre. Mouillé par la pluie. Conjointement, tous les deux. Ainsi, nous sommes amis. Désireux de se protéger quand nous serons vieux. Dans ma mémoire, tu n’as pas de visage. Tu es belle, éternelle. Cela suffit à mon envie. Nous deux. A s’aimer, j’en fais le vœu. Platoniquement, ardemment, inlassablement. Dans ma mémoire, il n’y a pas de promesse. Des certitudes que je t’adresse. Il y a des nuits infinies. Que l’on traverse et que l’on transperce. Sans casser les fils du temps. Sans briser notre serment. Ensemble tous les deux. Veillant sur les bougies de ma mélancolie. La lueur qui me lie à toi fragile et frileux. Imperceptible comme le son de ce concerto qui revient. Inexorablement dans ma mémoire. Me donnant la force d’ouvrir les yeux jusqu’à demain. Mon espoir porté entre tes mains. Tu as cette force, je te l’ai donnée. Et, tu m’as fait ce don de l’accepter.
Lire la suiteLe signe du temps

Le signe du temps porte l’écho de mots muets. N’a pas de nom, personne à l’attendre, personne à chercher à le comprendre. Orphelin, abandonné. Le signe du temps frappe les langueurs du soir. Possède un corps d’acier fait pour endurer. A ses pieds dort un cortège de chats noirs. Sans espoir, ni désespoir. Répéter, entêter pour ne jamais l’oublier. Sans remord, se jouant de la vie, de la mort. Se flagellant le corps. Par pénitence, acceptant la sentence. Plus fort que les éclairs qui illuminent la mer. S’immisçant dans les courbures du vent. D’une onde langoureuse, cajoleuse. En haut d’un clocher. Dans un nid d’abeilles pour se protéger. De sorts jetés aussi forts que respire son cœur d’acier. Endormant, réveillant. Jouant la même partition. Jamais à cours de munitions. Le signe du temps n’a pas de sexe. Féminin, masculin. Sans complexe. Domine le monde. Uni à lui en faisant la ronde. Contraint et forcé. Pour se repérer. Ne pas s’égarer. Se rencontrer au bon moment. Le signe du temps possède un pouvoir exorbitant. Rien ne peut le compromettre. Fait pour être. Sans besoin de conquête. Chaque jour est jour de fête. Écrasant, morcelant les instants. Impossible de lui échapper. Entre ses griffes emprisonné. Il n’y aura jamais de libération. Il restera là. Sans concession. Sachant qu’on l’écoutera. Esclaves condamnés pour l’éternité. Muselés dans un cœur d’acier.
Lire la suiteUne sourde mélancolie

La sourde mélancolie de ton éternité. Les transes des sursauts de tes sanglots. La douleur brutale de tes fureurs. Bercent les faiblesses de mes infirmités. Composant les phrases mot à mot. D’un monde fragile et morcelé. Où se miroitent dans la nuit de nos cimetières. Les nervures d’une obsession passagère. Ondulant dans le labyrinthe d’un château sans vie. Investi de corbeaux et de fantômes. Comme le bilan et la somme. D’un infini. Oscillant entre le vrai et le faux. Faisant tomber le rideau. Sur les grimaces de pantins tristes et gris. Dont les ficelles pendant au bout de tes doigts. Suivant ta foi et tes lois. Dans la sourde mélancolie de ton éternité. Je m’approche et te crie de te réveiller. Entre passion et raison. Tu n’es qu’un mirage, une obsession.
Lire la suiteNotre ciel

Notre ciel fait triste mine. Sur la toile d’un peintre romantique. Les couleurs sont mornes et tristes. Les nuages noirs à l’encre de chine. Lèchent les vagues d’une mer flegmatique. Notre sort entre les mains d’un exorciste. Notre ciel récite nos faiblesses. La paresse de se laisser conquérir, endormir. Au cœur des langueurs de notre vieillesse. Coloriée de teintes rousses et douces. J’aimerais te parler de tendresse. Un trait de clarté. Là-bas sur la toile du peintre romantique. Notre petit bout d’espérance. Les pieds dans le noir, l’humeur sombre. Une trace de panique. Emmurés volontairement, emprisonnés définitivement. Juste quelques mots sans offense. Notre ciel figé. Le temps de le regarder. Romantique ou dramatique ? La nuit maintenant. Le jour dans l’oubli d’une fin de journée. La torpeur pour chasser la peur. Ta douceur pour m’habiller de ta chaleur. Sur la plage les pieds dans le sable. La tête libre sans se sentir coupable. De rien, d’hier, de demain. Juste ta main. Dans la mienne, un bout de royaume où tu sera reine. Notre ciel n’a pas de nuit. Immuablement romantique. Ses couleurs jamais ternies. Furieusement féérique. Je rêve de le colorier de notre vie. Tu dis que je suis fou. Tu me souris de tes yeux doux. J’ai le droit d’imaginer. De nous laisser emporter. Sur la toile d’un peintre romantique. Plus loin que ses couleurs mornes et tristes frénétiquement poétiques. Les bras en croix à boire le vent. La bouche ouverte à dévorer le temps. Pour toujours avec toi indéfiniment.
Lire la suiteDe rouille et de pierre

Arrachées au vent. Perlent des gouttes de sang. Aux croix des cimetières. De rouille et de pierre. Dans le vœu pieux. De souvenirs heureux. Des herbes folles aux pieds. Des lapins de garenne à les piétiner. La pluie, la neige, le tonnerre. Les torturant leur offrant leur enfer. Sans haine, sans manière. L’oubli pour pacte. L’infini comme acte. Le silence pour partenaire. La désolation comme compagnon. Arrachées au vent. Perlent des gouttes de sang. Aux croix des cimetières. De rouille et de pierre. Hier en bannière. Le passé pour se rappeler. Que tu étais réelle. Remplacée par un bout de fer. Une croix de pierre. Pensée obsessionnelle. Mon cœur agrippé en tuteur. A espérer que tu guideras mes peurs. Au-delà des larmes, des souvenirs qui déchirent. Les images d’avant. Maintenant d’un autre temps. Sans croix de fer, de pierre. Posée devant sachant qu’il ne se passera rien. Nous ne sommes rien. Sans destin juste devant la croix de la fin. Il me manque tes mains. Il me manque tant de choses. En réponse un bout de fer, un bout de pierre. Pour se rappeler que tu te reposes. Il me manque le vent, tes rires. Il me manque le soleil, tes désirs. Face à la croix comment m’en souvenir ? Restent les gouttes de sang. Emportées par le vent. Capturant l’espoir. De teinter les ombres de tes soirs. Du rouge de la passion. Celles que nous avions pour compagnon. Méprisant les croix de pierre, de fer. Nous étions immortels. Nous resterons éternels. Arrachées au vent. Perlent des gouttes de sang. Aux croix des cimetières. De rouille et de pierre. Dans le vœu pieux. D’être de nouveau tous les deux.
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