Mannequins

Il y a ces larmes qui ne peuvent couler. Ces regards usés et fatigués. De longs soupirs derrière des visages de cire. Nos poses figées, la poussière de nos misères. Les ombres, le noir de nos yeux aveugles. La souffrance qui hurle, beugle. Dans nos têtes immobiles. Impassibles, incapables d’entendre nos pas bruisser. Sur le parquet. Las et là, déposés comme des fossiles. Toutes ces nuits passées à s’épouvanter. D’un rien jusqu’au lever d’un matin souverain. Une ombre, une clarté, la pâleur d’une première chaleur. Sur la lande abandonnée, notre destinée. Victimes de ce charme ayant corrompu nos larmes. Au bout du drame de ne pas savoir. Ce qu’il y a au-delà du noir. Plus loin, épuisés d’avoir trop joué avec la fatalité. Pour s’amuser, s’éprouver. Durée de vie jusqu’à son extrémité. Union stérile avec la fatalité. Si éloignées de notre réalité. Puisant dans l’indolence cette forme de déviance. Nous volant le plaisir de se mouvoir. En restant figés pour se saisir du pouvoir. De contenir le temps. Indéfiniment pour si longtemps. Qu’il ne reste plus que des apparences. Le début d’une certaine errance. Nos esprits enflammés de ne plus traîner. Un corps alourdi de ses envies. Flemmardise ou vantardise ? Séquestrés dans une chambre faiblement éclairée. Vivant sans s’éprouver. Les yeux fermés pour s’empêcher de veiller. Le rêve pour s’évader. Seul, troublant l’image d’une totale dépendance. Dans une parfaite obéissance. Sur la toile d’un tableau brillamment exécuté. Avec des mannequins, des pantins. Dessinant l’histoire. Présents chaque matin, chaque soir. Et, ces larmes qui ne peuvent couler. Ces regards usés et fatigués. De longs soupirs derrière des visages de cire. La perfection en réflexion. D’une image dans le miroir. Troublante sensation. De presque décevoir. Aux limites du canular. Jusqu’à demain, bien plus tard. Sans y voir la trace d’un mauvais hasard. On voudrait le crier. Nos bouches sont fermées, scellées. On voudrait se lever. Nos jambes sont bloquées, paralysées. Il n’y a que cette pose figée. Pour gêner, embarrasser. Déformer la violence de cette fausse vérité. Notre histoire sans espoir. Mannequins sans lendemains.
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Au bout du monde

Au bout du monde, il y a une poignée d’arbres. De la neige, le brouillard, un sol dur comme du marbre. Au bout du monde, il y a l’écho d’un piano. Le lent mouvement d’un adagio. Une meute de loups. Se regardant le regard cruel. Murmurant des mots fous. Dans le langage éternel. D’un duel entre le bien et le mal. Au bout du monde, il y a le silence létal. Qui endort aux portes de la mort. Les mains et les pieds froids. Le vent qui a tous les droits. Mordant, enivrant les derniers vacillements. Au bout du monde, il y a l’impossibilité de voir. Si le blanc de la neige masque les rêves noirs. Habille le brouillard de hasard. Sans chercher à vouloir. Faire l’effort de savoir. Plissant les yeux en s’aveuglant du néant. Au bout du monde, il y a l’absence. Tombant violemment comme une sentence. L’attente et son insolence lancinante. A regarder des arbres figés. Las d’être observés. Par tous ces gens dans l’impasse. Devant ces choses qui les dépassent. Au bout du monde, il y a la folie de vouloir y aller. Pour y trouver. L’unique envie de s’en retourner. Vivre pour fuir. En ayant vu le pire. Au bout du monde, il y a le chaos. La pesanteur d’un infini que rien ne distingue du laid, du beau. Cette impression de résignation si proche du néant. Qui brûle en dedans. La répétition d’une régression. Portée par l’écho d’un piano. Le lent mouvement d’un adagio. Au bout du monde, il y a la peur. D’avoir commis une erreur. L’étouffante oppression d’une obsession. De courir vers l’infini de s’y fracasser. Pour avoir mal et exister.
Lire la suiteLe vent mauvais

Sur les pierres de mon cœur asséché s’écoulent les frissons de ton âme blessée. Ces vacillements du temps effleuré d’un battement d’aile mesuré. Ourlant le cadre d’un ciel mal luné. S’abandonne le regard blasé de nos péchés oubliés. La violence de nos combats épuisés. Ces corps à corps endiablés. Tes luttes pour résister. Restent des fenêtres crevées, des escaliers las d’être piétinés. S’assèchent les larmes de cette cruauté. Tout casser pour exister. Exister en ayant tout brisé. Nous sommes fous à lier. A toi enchainé. A tout jamais. Crever de t’aimer. Sur ce corps que tu m’as donné. Que j’ai griffé, déformé. Tu tremblais. Tu suppliais. Je ne pouvais t’écouter. Tu pourrais me pardonner, tout m’enlever. Il te reste juste à susurrer. Que je ne suis pas aussi mauvais. Qu’il n’y paraît. Ta rage pourrait t’égarer. Je ferais semblant de l’ignorer. Pour te rattraper. Ta cajoler. Avec cette folle envie de tout recommencer. Rien ne nous sera épargné. Les pierres tombant une à une. Nos nuits sans lune. La mort dans ton ventre qui se tord. Tes murs se lézardant à toute allure. Je fais semblant de ne rien voir. Te laissant le droit de croire. Que tout peut s’arranger. Ta laideur, l’ombre de toutes tes terreurs. Cette lèpre que le noir de tes nuits ne peut masquer. Tes yeux embués de ne pouvoir oublier. Ce passé où ta beauté resplendissait. J’ai ma part de cruauté. Je ne te l’ai jamais caché. Je t’ai violé m’engouffrant entre tes fissures. L’amorce de toutes tes brisures. L’effritement de ton engourdissement. L’émiettement de nos sentiments. Mariés pour le pire. Tu délires. Tu expires. Je soupire. Soufflant l’unique vérité. Je ne suis et je ne vends que du vent.
Lire la suiteLes fantômes d’un autre temps

Il y a le silence pesant. Nos pas lents. L’insolence indolente. Les lents mouvements. Du soleil nous caressant. La langueur de nos mouvements. Marchant en rangs. Vers la lumière nous enveloppant. Les mains sur la pierre effleurant. Adorant le froid envoutant. Nous souvenant. Du passé, nos chants. S’envolant dans la voute du monument. Hier, il y a si longtemps. Prosternés, habillés de blanc. Nos voix emportant. Notre recueillement. Nos mains jointes en priant. Nos vœux implorant. Un paradis dans le firmament. Nos âmes s’envolant. En espérant. En croyant. Au meilleur. En un être supérieur. Nous protégeant. Nous rassurant. En nous endormant. En mourant. Nous emportant. Il y a le silence pesant. Nos pas lents. L’insolence indolente. Les lents mouvements. Du soleil nous caressant. La langueur de nos mouvements. Marchant en rangs. Fantômes habillés de blanc. Dans la cathédrale s’écroulant. La pluie ruisselant. Sur les pierres s’érodant. Sans toit, nous en dedans. Errant en attendant. Que passe le temps. Humbles pénitents. Humiliés avec le poids infamant. D’être absents. Dans la peur. Avec la terreur. Que s’étire le moment. De notre oubli irrémédiablement. Reste imperceptiblement. Cet éclat troublant. Sur la pierre se glissant. De nos reflets s’allongeant. Nos pas lents. L’insolence indolente. Les lents mouvements. Du soleil nous caressant. La langueur de nos mouvements. Marchant en rangs. Pénitents habillés de blanc. Il y a si longtemps. Emprisonnés dans le temps. En respirant le vent. Se saoulant du temps. Attendant l’instant. L’heure. Le bonheur. De fuir, s’en allant. Sans regret abandonnant. La cathédrale s’écroulant. Nous les fantômes d’un autre temps.
Lire la suiteEntre les deux rives de nos délices.

Tu es frigorifiée. Sur le pont d’un hiver transi. Entre les deux rives de nos délices. A regarder passer. Des péniches endormies. Sur l’eau qui glissent. Ton regard qui s’enfuit. Dans le lointain. Là où tu ne peux tendre la main. Dans la nuit, son mur infini. La musique du silence. Tes pas qui dansent. L’image de notre romance. Entre les deux rives de nos délices. Les lumières tentatrices. L’obscurité pour se protéger. Observer le temps s’en aller. Doucement au bout de ces instants. Qui marquent ton cœur. Narguent ta chaleur. Tu es frigorifiée. Mais, tu veux rester. Là. Pour te gaver de tout cela. Mieux encore de la ville qui dort. Avec cet intense pouvoir. De croire. Que tout est pour toi. Cette autre loi. De battre en toi. Avec ses silences. Cette profonde dépendance. De vivre à l’unisson. Tes intenses frissons. Entre les deux rives de nos délices. Laquelle choisir ? Partir. Quitter les merveilles du pays d’Alice. En fabriquant une moitié de vide. Un espace infini et maudit. Morbide. Avivé des regrets d’avoir tout quitté. Tu es frigorifiée. Tu as choisi de rester. Jusqu’à demain. Pour tendre la main. Au soleil. A son premier réveil. Sa chaleur sans pareil. Le blanc, la brume qui se lèveront dans le lointain. Emportant la nuit, les lumières, ta nostalgie sans fin. Moi, prêt de toi te tenant la main. En ayant vu passer le temps. Entre les deux rives de nos délices.
Lire la suiteL’infini devant lui

Sous la lenteur de la plume s’écrit la langueur de ta mélancolie. Dans le parjure de tes maux qui durent. Tremble la triste vérité. De ces oppositions forcenées. Toi, le pantin malhabile. Pendu au bout de son fil. Équilibriste de sentiments. Pleurer pour se faire pardonner. Mentir pour rétablir. Irrépressiblement. Fruit d’un futile destin. D’une vie d’errance, de quatre chemins. Sans savoir lequel prendre. Restant là à attendre. Que se lève le ciel d’un triste matin. Éloignant l’humeur blafarde de ses nuits de cauchemars. Jouant au cerceau avec les tourments et les regrets. Le regard fiévreux et goguenard. Donnant tant de place au hasard. Sur l’air suranné. D’une mélodie oubliée. De différents qui durent. Le piano qui murmure. Les notes mielleuses, la vision affreuse. De tes grimaces. Toutes ces farces qui agacent. Travesties des gestes répétés de ton animosité. Saigne sur la pierre la trace d’une signature. Cette nostalgie de ta lente agonie. Une faille dans ton armure. La fuite en avant d’un enfant. Les yeux fermés, les oreilles bouchées. Se saoulant au vin interdit de ses envies. Capricieux. Orgueilleux. Passe sur les près et les forêts. L’ombre de ses ombres. Les plaintes dans la pénombre. La rumeur de bêtes blessées. D’avoir été offensées. Croyant en sa piété. A ses mots trop beaux. Maquillés pour faire oublier. Sa laideur, sa noirceur. Coule l’infamie dans la torpeur de ses parjures. Des douleurs que l’on endure. Castrant le futur. Abusé, trahi, confondu par l’insoutenable vérité. D’avoir été floué. Humilié. Par, toi le pantin malhabile. Pendu au bout de son fil. Qui danse, se balance. Se moquant de sa mélancolie. Car il a l’infini devant lui.
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