Hier resté là

Trois mots de trop dans la fin d’une nuit. Des pas qui titubent dans l’escalier. L’aube qui apparaît sans poésie. Des idées qui se mélangent exaspérées. La pression qui monte inexorablement. Des phrases lancées violemment. Dans le matin blanc. En échos sur des murs blancs. Écorchant des cœurs à vif. Fatigués, réactifs. Entrés dans une époque glaciaire. Figée, prostrée. Notre amour que l’on enterre. Sans venir l’accompagner. Trois mots de trop dans la fin d’une nuit. Le son de la fin. Rapide et soudain. Sans chercher à se fendre. D’explications à entendre. Froids comme la rampe, ses murs blancs. Le marbre foulé de nos pas. Hier resté là. Diffusé dans la poussière du temps. Sans nostalgie. Le requiem de nos fantaisies. Les notes lourdes d’un piano mélancolique. Tombant des étages tragiques. Incapables de les comprendre. Plus rien ne pouvant nous surprendre. Lassitudes, platitudes. Nos vies perdant de l’altitude. Je te hais. Tu me hais. La seule donnée partagée. Venant entraver nos pas. En commun nous en sommes là. Trois mots de trop dans la fin d’une nuit. Devant moi, tu montes, tu t’enfuis. Je te laisse t’évaporer. C’est ainsi. Dans un demi tour accéléré. Moi, aussi, je m’enfuis. En ayant étranglé cette nuit notre mélancolie. Ce dernier lien que nous avions en commun.
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Sur ton visage

Sur ton visage, il y a les rondeurs de tes vouloirs. Sur ton visage, il y a les secrets de tes espoirs. Cachés dans le velours de tes brouillards. Cette façon triste de t’habiller d’ombres. Portant le poison de tes cafards. Courant en nombre. Derrière le voile de tes yeux. Amoureux ou malheureux ? Une ambiguïté que ta pause ne fait qu’attiser. Fragile, une sensation presque une déclaration. A vouloir te poser cette question. Que cache ton visage ? Le comprendre sans se méprendre. Évitant de commettre l’outrage. De violer tes secrets. Sur ta peau à l’encre blanche marquée. Courent ces ombres qui les révèlent. Avec cette violence d’être essentielles. Sur ton visage, il y a cette force de croire. Sur ton visage, il y a la faiblesse de ne pouvoir. Combler ce vide qui t’envahit. Tu as en tête ces mots qui le décrit. Un bien précieux. Heureux ou malheureux ? Cherchant sa raison dans ton intimité. Se laissant approcher pour t’aider, te protéger. Est-ce ton vouloir ? Une fin de non-recevoir ? Sur ton visage, il y a la pudeur de ne pas décevoir. Sur ton visage, il a une lutte que l’on peut apercevoir. Donnant une fausse vérité. Celle d’aimer la solitude. Ses silences, son abandon, ses platitudes. Ton corps qui fait la moue, tes yeux doux. Leurs larmes cachées ne pouvant couler. Les ombres qui ne font que les appeler. Jouant avec ton visage triste d’un Pierrot. Qui a perdu sa lune dans le caniveau. Il y a cette musique triste qui revient. Sauvant les apparences. A quoi tu penses ? Une question sans fin. Une chanteuse, la voix abimée. Raconte ton histoire périmée. Sur ton visage, il y a les cauchemars de tes soirs. Sur ton visage, il y a ton âme, son miroir. Un reflet en contre-jour dans tes yeux. Désespérés, langoureux. Rougis pour l’éternité.
Lire la suiteEpitaphe

Il y a sur les lattes du parquet nos pas gravés. Sur les murs nos ombres enlacées. Je ne veux retenir que tes rires. Me souvenir de t’avoir vu courir. Oublier de t’avoir entendu souffrir. Ton dernier râle avant de mourir. Alors que le soleil se levait. Effaçant une nuit infernale. D’un voile léger. Une douceur banale. En ce mois d’été. Où nous avons gardé les rideaux tirés. Empêchant la lumière de nous agresser. Donnant à notre fin une intimité. Camouflant nos infirmités. Face à face rien à se dire. Trop à se souvenir. Il me reste ton pâle sourire. Pour tenter de repartir. C’est comme ça que tout s’est passé. Doucement, comme on l’avait imaginé. Nous n’en avions jamais parlé. Avec le temps on se comprenait. D’un regard, d’un agacement, d’un soupir. Fuir pour se retenir. Rugir sans se maudire. Tressaillir sans faiblir. Une opposition faisant un équilibre. Chacun revendiquant d’être libre. S’opposant, en se réunissant. Il y a sur les lattes du parquet nos pas gravés. Sur les murs nos ombres enlacées. Dans le grand bal des fantômes masqués. Je les entends murmurer, s’embraser. Leurs souvenirs du passé. Que tu viens d’embrasser. Je les entends t’accueillir. Il y a des cris, des rires. Ce bien être que tu commences à ressentir. Je t’imagine sourire. Cette idée me fait du bien. Tu n’es pas seule maintenant et demain. Je vais te laisser. Les rideaux tirés. Jetant une ombre sur la fin de l’été. Ton dernier souhait. Notre château dans le silence emmuré. La poussière venant s’installer. C’est ainsi que tu as imaginé ton autre vie. Je suis parti. Sans me retourner. Avec épitaphe sur les lattes du parquet nos pas gravés. Sur les murs nos ombres enlacées.
Lire la suiteEntrer

Je voudrais te parler d’un château merveilleux. Que je dessine de mes vœux. Pour toi, pour moi, pour nous deux. Ensemble coulant des jours heureux. Au bout d’une allée, de grands arbres à nous regarder. Entrer. Les pas hésitants, sur la pointe des pieds. Comme un fruit interdit que nous pourrions voler. Trop beau, trop gouteux. Pour nous deux. Nous pourrions le toucher, l’apprivoiser. Entrer. Il serait blanc, luminescent. N’aurait rien d’arrogant. Dans ses couloirs nous perdant. Dans ses boudoirs nous retrouvant. Sur des canapés nous prélassant. Devant le feu de cheminées. Regardant la nuit tomber. Du bout de l’allée, je l’ai vue. Entrer. Tu as frissonné. Je me suis tu. Avec l’impression de ne pas être à notre place. Une sensation qui n’a rien de fugace. Elle me rappelle que les châteaux merveilleux. Vivent derrière des grilles. Intouchables, orgueilleux, brillant de mille feux. Nous à les admirer, le regard qui frétille. Une étincelle dans tes yeux. Je vois que tu as rêvé. Entrer
Lire la suiteMes ciels noirs

Je voudrais te parler de mes ciels noirs. Ceux que tu pourrais voir. A force de vouloir me ressembler. J’aimerais te les épargner. Pour te protéger, te garder. Au départ, je chercherais à t’effrayer. Pour t’empêcher de savoir. Tout en désirant t’attirer. Ils sont félins dans la clarté d’un pâle matin. S’étirant en laissant une lueur pénétrer. Têtus, mielleux, malins, violant nos draps de satin. Vivant dans les recoins de ma mémoire. La journée, le soir, par devoir. Leurs griffes, leurs poignards. Veillant pendant que s’élève le chant d’une cantatrice. La chaleur de sa voix, ses mots complices. Je te laisserais les écouter, mieux les aimer. Dans la tiédeur de nos délices. Pour t’emporter, ligotée de mes artifices. Nous irions au bout de la mer sur un radeau. Moi, capitaine de ton cœur. Toi, fiévreux matelot. Voguant après une lueur. Qui endort nos peurs. Un jour, un matin, un soir sous le regard d’un félin. Gardien de mes ciels noirs. Retord, sans remords, bienveillant par espoir. Tu m’as tout donné. Plus que je ne pouvais l’espérer. Je ne veux t’endeuiller. En t’embarquant dans ce voyage risqué. Venu briser la porte de tes espoirs. Entrant dans le désert de mes ciels noirs. Là où mon âme se perd en multiples faces. Dans le bal de mes contradictions. Ce lieu où se cachent mes hésitations. Je hais ce tout qui s’enlace dans une menace. Brisant ces rêves que tu appelles, câlins dans la clarté d’un pâle matin. Ténus, merveilleux, mutins, ourlant nos draps de satin. Tu les retiens de la main. D’un geste candide peut être naïf. Moi, à ton cœur captif. Au romantisme nostalgique. Nos larmes qui ne sont que tragiques. Est-ce une faute si mes ciels sont noirs ? Je veux lire dans tes yeux l’espoir. Merveilleux que tu sauras en changer les couleurs. Avec un arc en ciel de la terre à la lune pour le meilleur. S’accrochant en zigzaguant entre les étoiles. Dans un labyrinthe où se perdront les félins de pâles matins. Doucement quand se lèvera le voile. Sur la blancheur d’une toile. Où je dessinerais ton visage, ton image, un ciel bleu, sans colère, ni tonnerre. Je te le promets. Je n’ai que çà pour te garder.
Lire la suiteQue reste-t-il de nous gladiateurs ?

Dans la pesanteur d’un matin, ses moiteurs. S’échappent les vapeurs. Infusées de nos rancœurs. Méprisant le soleil, sa chaleur. Nos yeux de chiens, leur froideur. Nos regards aiguisés, leurs lueurs. Les battements de nos cœurs. Désynchronisés, leur lenteur. S’écartant avec malheur. Sans feindre l’aigreur. Ni craindre la peur. De nous apitoyer sur notre union qui se meure. Ces dernières heures. Sur une plage de galets, leurs noirceurs. Nos pieds nus se tordant de douleurs. A se dire des horreurs. Dans une mascarade sans valeur. La haine qui monte, qui affleure. L’idée de partir qui m’effleure. Toi qui pleure. Ces regrets qui demeurent. Un avenir qui se leurre. L’impossibilité de croire un menteur. Des paroles maquillées de noirceurs. La teinte sépia de nos couleurs. Que reste-t-il de nous gladiateurs ? Nos envies, nos ardeurs. Nos effusions à toute heure. Carbonisées dans la routine de nos labeurs. Que reste-t-il de nous gladiateurs ? Je te le demande en attente majeure. Alors que s’impose une odeur. La montée de la puanteur. Ce charnier qui m’écœure. L’idée d’avoir été des imposteurs. Observant leurs candeurs d’un regard moqueur. Avons-nous commis cette erreur ? Tu me disais ensorceleur. Je te répondais dictateur. Montaient nos fureurs. Ce carrousel dévastateur. De nos assauts batailleurs. Piétinant leur passé, ses douceurs. Leur haleine de tricheurs. Au bout d’un exil de déserteurs. Se retrouvant sur une plage dans le mirage enjôleur. D’un présent réparateur. Nous avons apporté nos yeux de tueurs. Nos idées de conspirateurs. Refusant de brancher sur nos cœurs. Le défibrillateur de nos aigreurs. Brûlant cet espoir réconciliateur. Dans la pesanteur d’un matin, ses moiteurs. Où s’échappent les vapeurs. Infusées de nos rancœurs. La sentence d’un procureur. Nous désignant d’un doigt accusateur. Du poids du déshonneur. Cataloguant notre passé de sans valeur. Que reste-t-il de nous gladiateurs ? Sur mon corps ta sueur. Les pétales fanés de nos fleurs. Les squelettes enfouis de voleurs.
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