Nos secrets

La brume s’est levée ce matin, venant recouvrir le lac où nous avons noyé nos secrets, nos souffrances passées. Nous les pensions coulées à jamais. Mais, ce matin en venant marcher le long des rives sombres, j’ai vu remonter à la surface ce que nous avions tout fait pour oublier. Une main recouverte d’algues, un visage blanc, des cheveux collés dessus. Une bouche déformée. Un cri ne pouvant en sortir. Nos démons sont apparus, revenus du plus profond de notre histoire, brisant cette mémoire lisse que nous nous sommes employés à fabriquer. Pour nous protéger. Pour croire que nous existons. Pour espérer que les siècles n’auront pas de prise sur nous. Entre les arbres du parc où nous avons grandi, où nous avons si souvent joué. En ce lieu où nous avons appris à nous aimer, à grandir, à avoir peur de nous perdre. Sur ce lac où il y a eu l’accident. Une chute de la barque, l’eau qui entre dans ma bouche, m’étouffe. Mes bras qui battent pour résister. Mon corps qui s’enfonce. La lumière de la vie qui s’éteint. Une dernière fois ton visage regardé. Dessus, tant de peur, de détresse. Ce n’est pas cette image que j’aurais voulu emporter. Tu étais traumatisée, terrifiée. Moi, tout autant. Puis, il y a eu le calme, le silence, ce matelas de vase où je me suis reposé. Plus tard, beaucoup plus tard, je me suis relevé de ce corps qui m’avait abandonné. Je suis parti à ta recherche. Je ne t’ai retrouvée que le soir où ton corps, usé, a accepté de te laisser partir pour te précipiter dans mes bras. Depuis, nous nous promenons dans ce parc comme des fantômes courant après nos vies ratées. On a tout fait pour oublier ce jour funeste où je me suis noyé. Mais ce matin, la brume l’a réveillé pour me torturer, nous faire souffrir, nous rappeler que nous devons nous protéger, nous aimer. Alors, comme un fou, je cours vers toi, pour me jeter dans tes bras. Fermer les yeux, croire que jamais rien n’est arrivé. Tricher, falsifier notre réalité. Depuis des siècles, je sais que nous vivons dans ce monde où jamais nous ne parviendrons à noyer nos secrets, nos souffrances passées.
Lire la suiteLe cauchemar

Tu es sortie de ton cauchemar sous les branches d’un grand saule. Un courant d’air froid balayant tes épaules. Tu as tremblé, frissonné,un brin apeurée. Il faisait presque noir. Pas assez jour pour savoir. Ce qu’il y avait devant toi, ce château, ce pré. Intimidée, tu es restée à les regarder. Au loin les nuages avançaient. Sur les tours se rassemblaient. Le froid te mordait. Le jour refusait de se lever. La nuit de se coucher. Le château se rapprochait. Les nuages te menaçaient. Le pré se rétrécissait. Cette contraction allait te frapper. Tu as voulu hurler. Tu as juste murmuré. Un petit cri effacé. Tes bras tendus ne t’ont pas protégée. Dans le château tu es entrée. Il faisait presque noir. Pas assez jour pour savoir. Un grand escalier. Aux marches de marbre vers l’étage montait. Un éclair de lune, une perle de soleil te guidaient. Tu avançais. Devant toi, l’escalier se dérobait. Dans un manège endiablé, tu tournais. Tes pas s’accéléraient. La tête te tournait. Essoufflée, tu voulais t’arrêter. Te reposer. Une force te soulevait. Dans une chambre, elle t’a projetée. Tu as roulé. En boule, jusqu’à une grande cheminée. Dans l’âtre, des cendres mourraient. Il faisait presque noir. Pas assez jour pour savoir. Tu t’es relevée. Tes bras, tes jambes fatiguées. Ton cœur dans un rythme endiablé. Près de la cheminée, tu t’es réchauffée. Dans un fauteuil, tu t’es effondrée. Le sommeil est arrivé. La peur s’est immiscée. Tes mains contractées. Tu courais. Tu fuyais. Au loin une lumière brillait. Vers elle, tu te précipitais. Pour respirer. Pour te sauver. Tu es sortie de ton cauchemar sous les branches d’un grand saule. Un courant d’air froid balayant tes épaules. Tu as tremblé, frissonné,un brin apeurée. Il faisait presque noir. Pas assez jour pour savoir.
Lire la suiteCe que tu imagines

Il y a ce que tu imagines et qui n’existe que dans tes rêves. Une cathédrale sans toit. Un orage qui s’élève. Des larmes de pluie qui mouillent tes lèvres, ton visage. Un soleil qui s’étend sur les colonnes supportant des murs sacrifiés. Il y a la chaleur, les gouttes de sueur, l’eau tombant des nuages. Tes pas, lents, aux pieds dénudés, avançant dans l’herbe mouillée. Marcher la tête levée jusqu’à la voute éventrée. Tendre les mains, saisir le ciel, le rejoindre jusqu’au bout du mirage . Pour voir le monde se souvenir de ses images. Il y a ce que tu imagines et qui n’existe que dans tes rêves. Face au vide de la cathédrale mutilée, tu l’entends crier, supplier. Ses vitraux crevés, ses pierres arrachées. Les larmes de pluie ont le goût du sang. Sur ton visage elles ruissellent. Dans ta tête, elles martèlent. Le bruit des marteaux et des pelles. Venues éventrer le toit jusqu’au ciel. Là où l’on peut voir le monde, se souvenir de ses images. Il y a ce que tu imagines et qui n’existe que dans tes rêves. Une foule de gens chantant. Dans le cœur d’une cathédrale au toit reconstitué, aux murs réhabilités. Oublier ses cris et ses pleurs. Se laisser caresser par les rayons de vitraux aux teintes bleues-orangées. Ce sera ton heure. Celle de te lever, de marcher les pieds dénudés dans l’herbe mouillée jusqu’à une porte verrouillée. Il y a ce que tu imagines et qui n’existe que dans tes rêves. Une cathédrale éventrée à l’âme arrachée.
Lire la suiteTes démons

Dans le froid de l’hiver, sur les cristaux de gel, la trace de tes pas derrière toi, tu t’en iras. Marcher dans le froid, au cœur de la nuit naissante, mélanger tes démons parmi les ombres. Dans le froid de l’hiver, tu seras seule. Au milieu des arbres gelés, noyée dans le noir, l’obscurité de la forêt t’habillera.
Lire la suiteJe pense à toi
Si tu pouvais m’entendre, je te dirais de tendre les mains vers ce soleil couchant. De regarder se dessiner sur la mer de nuages ton nom, ton prénom. Je te crierais de saisir ce monde qui s’étend. Il est à ton image, fais de beauté, d’infini, de compassion. Je te pousserais à tendre les mains vers ce soleil d’or. Sa teinte a la lumière de ta chevelure. Sa magnificence possède ton allure. Saisis-le, vole-le, emporte-le comme un conquistador. Enfuies-toi avec pour l’éternité. Deviens aigle, étends tes ailes. Plane au-dessus des montagnes et des plaines, baigne-toi dans la profondeur de ce ciel. Le temps est venu de pénétrer par la porte d’or dans son immensité. D’en goûter le sel, de te délecter de son miel. Mais, tu n’es pas-là. Je pense à toi dès qu’une beauté m’émerveille.
Notre délivrance

Aux mouettes, je donnerai ce petit paquet. Celui dans lequel nous avons enfermé tous nos secrets. Avoués ou inavoués. Cela n’a plus d’importance. Aux mouettes, je demanderai de s’envoler. De planer vers ces lointaines contrées où elles iront le déposer. Ce sera notre chance. Aux mouettes, je confierai notre besoin de nous échapper. Elles planeront jusqu’à cet endroit où l’on ne peut plus marcher. Ce sera notre dernière espérance. Aux mouettes, je remettrai notre bagage léger. Elles s’attacheront à le porter, le transporter avec respect. Ce sera notre ultime romance. Aux mouettes, je demanderai de les accompagner par la pensée. Au-delà des flots, des tempêtes, vers le couchant rougeoyant d’un soleil d’été. Glissé dans la fragilité de nos secrets. Cela a tant d’importance. Il ne nous reste plus qu’elles à venir nous visiter. Pour chaque matin un bout de pain chapardé. Devant notre fenêtre, elles nous apportent les nouveautés. Cela résume notre impuissance. Voler, planer, sur leurs ailes transportées. Regarder l’univers dessous s’étaler. Ne pas le toucher, juste l’observer. Cela sera notre chance. Jusqu’au bout du monde se projeter. Quitter notre fenêtre à l’univers étriqué. Se projeter, avoir des projets, l’ultime, le dernier. Cela se fera sans arrogance. Juste s’envoler.Pour encore vibrer. Pour encore respirer. Ce sera notre délivrance.
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