Les larmes de pluie

Le ciel était d’or. Beau magique, magnifique. Dans le lointain, des nuages noirs s’amoncelaient. Ils grossissaient, s’étirant autour de la cathédrale, venant étouffer les pépites d’or. La pression montait peu à peu. Les pépites d’or cherchaient à s’enfuir. Elles se débattaient de cette lumière vive si particulière du dernier éclat du jour. Mais l’encerclement des nuages noirs s’intensifiait inexorablement. L’agonie se faisait lancinante. J’étais spectateur impuissant devant cette mort annoncée. Stupidement, j’ai tendu la main d’un geste machinal. Pourquoi l’ai-je fait ? Je n’en sais rien. Mon doigt a touché le ciel, crevant la bulle d’or qui s’était formée. Alors a jailli ce flot lumineux continu venant recouvrir la cathédrale. Dans le ciel, les nuages s’en sont allés versant des larmes de pluie.
Lire la suiteUn rêve sans adresse

Où habites-tu ? Dis-le moi ? Tu ne m’as jamais répondu. Pourquoi t’isoles-tu ? Aurais-tu des secrets à me cacher? Je n’ose le croire. Mon imagination te dessine une habitation. Dans un château, sur une colline, tu vis pour mieux voir le monde, l’entendre, le toucher le matin du premier regard en ouvrant tes volets. Je le sais. Mon imagination ne m’a jamais trompé. Tu ne me l’as jamais raconté; je n’en ai pas besoin. Je vois ce matin bleu qui enveloppe les murs de ton château. Il fait froid. Tu frissonnes. Le gel a recouvert la terre. Les arbres étendent leurs branches tentaculaires sur un ciel sombre et nuageux. Personne ne viendra te voir encore et toujours. Tu n’es qu’ un rêve sans adresse.
Lire la suiteLe donjon

Derrière les murs, qui te protègent, tu es seul. L’as-tu vraiment choisi ? Tu regardes la nuit tomber, le déclin du ciel derrière l’horizon. Toi seul peut lui tendre la main, le retenir. Au pied de la haute muraille, nous sommes impuissants. Comme toujours. Il n’y a plus que toi pour agir. Mais le feras-tu ? Le voudras-tu ? J’en doute. Ces nuages noirs, d’une nuit qui arrive derrière ton dos, sont le signe de ton hésitation . Ils vont t’envelopper, puis recouvrir l’horizon. Ils vont s’étendre sur la terre sans que tu n’opposes la moindre résistance. C’est ainsi que les choses se passent. On le sait. Mais on attend tant de toi. Trop certainement ! Ta haute taille, tes flancs blanchis par la surexposition des derniers rayons te donnent une impression de puissance, de pouvoirs démultipliés. D’où la raison de cette vaine espérance . En fait, tu n’es qu’un colosse de pierres, une chimère…
Lire la suiteDu haut de la muraille

Du haut de la muraille, j’ai regardé la mer, le ciel s’embrasant en une lumière étourdissante.L’éclat est monté si haut, si fort qu’il m’a aveuglé. Je n’ai que cette photo pour me souvenir de ce moment si particulier où comme un voyeur j’ai assisté à cette union interdite. Le lendemain, les jours suivants, je suis revenu pour comprendre, attendre mais rien ne s’est produit comme ce soir-là… Le ciel était sombre, la mer scintillante sous l’éclat de la lune. Je suis revenu chaque nuit, encore et encore, pour être le témoin de cette union interdite. Mais, rien n’a bougé. La photo a jauni, s’est usée sous mes doigts qui tant de fois l’ont manipulée. L’intensité des couleurs s’est éteinte peu à peu. Mes souvenirs se sont lentement effacés. Je suis retourné, ce soir, pour la dernière fois du haut de la muraille jeter un ultime regard à la mer. Je n’y retournerai plus, lançant au vent les morceaux déchirés d’une photo qui n’arrêtera pas de me hanter.
Lire la suiteAu bout de la rue

Au bout de la rue brille la lumière. Celle que tu admires tant. Celle d’un autre monde où la cathédrale domine la ville. Celle de ces lueurs du jour qui s’étire doucement vers la nuit. Depuis la rue sombre qui s’endort, si étroite que nos bras étendus pourraient presque toucher les murs, si reposante que le bruit n’a plus de place pour s’y engouffrer, les murs de la cathédrale sont irréels. Je pense alors à ta timidité qui aime à te retenir prisonnière de ces petites rues où tu peux te cacher loin des éclats des lumières du jour. Une fois, peut-être, tu oseras t’approcher de cette cathédrale que tu désires tant. Pour cela, il faudra que tu oses sortir de ta prison de timidité qui t’entrave depuis tant d’années. Le temps passe.
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