
Au bout de la rue, il y a la maison. On dit la maison car on ne lui connaît pas de nom, ni de propriétaire. Pourtant, un jour elle a été construite, désirée, imaginée, très certainement habitée. Mais depuis un temps sans limite, elle est inoccupée. C’est la première image qu’elle en donne. On passe devant le jour sans faire de détour. La seconde image est différente avec l’arrivée de l’obscurité. La nuit, des gens de la rue évoquent des lumières furtives glissant dans l’obscurité derrière des rideaux salis. Les rumeurs se font insistantes pour certifier qu’elle est habitée.On ne sait qui loge dedans ? Faut-il vraiment croire ce type de propos ? On a du mal à imaginer des occupants…Certains ont ajouté avoir vu la porte d’entrée parfois ouverte donnant sur un grand escalier. Un propriétaire désireux de venir faire un tour ? Pourquoi pas ? Pourtant, elle reste sinistrement vide avec de grandes pièces froides, silencieuses, terriblement angoissantes. Que se passe-t-il derrière ces murs imposants ? Dans la journée, au travers des volets, le soleil doit filtrer, éclairer quelques meubles empoussiérés. Le soir, lorsque les éclairages de la rue éventrent l’obscurité, des miroirs accrochés aux murs reflètent des étoiles de lumière. C’est si peu pour animer ce grand vaisseau de pierres. L’envie d’y pénétrer est trop forte. Pousser la porte lentement, faire craquer le parquet d’un premier pas timide; monter hésitant un escalier à la rampe blanche de poussière; respirer difficilement l’air saturé d’ennui; ouvrir fébrilement la porte grinçante d’une chambre; oser glisser un regard avec une peur qui tenaille; se figer d’effroi devant une lumière furtive s’enfuyant, fuir en courant pour ne plus jamais revenir. Il y a au bout de la rue une maison dont je n’ouvrirai plus jamais la porte.
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Le ciel était d’or. Beau magique, magnifique. Dans le lointain, des nuages noirs s’amoncelaient. Ils grossissaient, s’étirant autour de la cathédrale, venant étouffer les pépites d’or. La pression montait peu à peu. Les pépites d’or cherchaient à s’enfuir. Elles se débattaient de cette lumière vive si particulière du dernier éclat du jour. Mais l’encerclement des nuages noirs s’intensifiait inexorablement. L’agonie se faisait lancinante. J’étais spectateur impuissant devant cette mort annoncée. Stupidement, j’ai tendu la main d’un geste machinal. Pourquoi l’ai-je fait ? Je n’en sais rien. Mon doigt a touché le ciel, crevant la bulle d’or qui s’était formée. Alors a jailli ce flot lumineux continu venant recouvrir la cathédrale. Dans le ciel, les nuages s’en sont allés versant des larmes de pluie.
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Où habites-tu ? Dis-le moi ? Tu ne m’as jamais répondu. Pourquoi t’isoles-tu ? Aurais-tu des secrets à me cacher? Je n’ose le croire. Mon imagination te dessine une habitation. Dans un château, sur une colline, tu vis pour mieux voir le monde, l’entendre, le toucher le matin du premier regard en ouvrant tes volets. Je le sais. Mon imagination ne m’a jamais trompé. Tu ne me l’as jamais raconté; je n’en ai pas besoin. Je vois ce matin bleu qui enveloppe les murs de ton château. Il fait froid. Tu frissonnes. Le gel a recouvert la terre. Les arbres étendent leurs branches tentaculaires sur un ciel sombre et nuageux. Personne ne viendra te voir encore et toujours. Tu n’es qu’ un rêve sans adresse.
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Derrière les murs, qui te protègent, tu es seul. L’as-tu vraiment choisi ? Tu regardes la nuit tomber, le déclin du ciel derrière l’horizon. Toi seul peut lui tendre la main, le retenir. Au pied de la haute muraille, nous sommes impuissants. Comme toujours. Il n’y a plus que toi pour agir. Mais le feras-tu ? Le voudras-tu ? J’en doute. Ces nuages noirs, d’une nuit qui arrive derrière ton dos, sont le signe de ton hésitation . Ils vont t’envelopper, puis recouvrir l’horizon. Ils vont s’étendre sur la terre sans que tu n’opposes la moindre résistance. C’est ainsi que les choses se passent. On le sait. Mais on attend tant de toi. Trop certainement ! Ta haute taille, tes flancs blanchis par la surexposition des derniers rayons te donnent une impression de puissance, de pouvoirs démultipliés. D’où la raison de cette vaine espérance . En fait, tu n’es qu’un colosse de pierres, une chimère…
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Du haut de la muraille, j’ai regardé la mer, le ciel s’embrasant en une lumière étourdissante.L’éclat est monté si haut, si fort qu’il m’a aveuglé. Je n’ai que cette photo pour me souvenir de ce moment si particulier où comme un voyeur j’ai assisté à cette union interdite. Le lendemain, les jours suivants, je suis revenu pour comprendre, attendre mais rien ne s’est produit comme ce soir-là… Le ciel était sombre, la mer scintillante sous l’éclat de la lune. Je suis revenu chaque nuit, encore et encore, pour être le témoin de cette union interdite. Mais, rien n’a bougé. La photo a jauni, s’est usée sous mes doigts qui tant de fois l’ont manipulée. L’intensité des couleurs s’est éteinte peu à peu. Mes souvenirs se sont lentement effacés. Je suis retourné, ce soir, pour la dernière fois du haut de la muraille jeter un ultime regard à la mer. Je n’y retournerai plus, lançant au vent les morceaux déchirés d’une photo qui n’arrêtera pas de me hanter.
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