La vie de l’autre côté

Devant la porte. S’approcher ou rester en retrait ? Oser la toucher pour la pousser. Hésiter pour ne pas l’effleurer. Que trouver ? Oui, que trouver derrière son épaisseur rouillée ? L’envie de le faire. Y penser à en crever. Mais se retenir, avoir peur que tant de choses puissent apparaître derrière. Un pas de plus vers elle. Elle est trop belle. Son encadrement de pierres, ses sculptures de fer, le plaisir pourrait-il être amer ? Dans le beau existe une part de laid. Je la veux, je la hais. Voir derrière. Un pas de plus. Si proche. Il est encore temps de refuser, de rentrer. Fuir avec le sentiment de vide, de lâcheté, les tripes nouées. Personne ne le saura. Il faudra assumer. Restera cette cicatrice dans la mémoire de mon intimité. Se rapprocher d’une foulée pour respirer l’odeur des herbes mouillées. Elles gardent la porte toutes dressées. Elles n’ont jamais été piétinées. Toucher la porte, la caresser, la sentir respirer, frissonner. Oui,aimer, adorer, oser. Tourner la poignée. La pousser. Ouvrir, entrer, regarder. Violer pour un regard chapardé ? Abandonner, laisser en paix les secrets. Se retirer sans avoir égratigné. Fermer sans avoir offensé. Laisser à la porte la magie de protéger ce qu’est la vie de l’autre côté.
Lire la suiteEntre les murs de ton passé

Chaque fin de journée, lorsque les derniers éclairs du jour suintent sur les murs délabrés, tu reviens vivre dans l’épave de ton château dévasté. Tu détestes ce jour qui t’agresse, ce soleil qui affiche ton érosion. Avant, tu les aimais tant. C’était, il n’y pas si longtemps. Sur la terrasse devant les monts verdoyants, tu t’étendais bronzant, chantant tranquillement. Puis, il y a eu, en ce mois d’été, cette horde de barbares qui s’est emparée de toi, de tes biens, de tous tes tiens. Lorsque les barbares s’en sont allés, le feu a fini de consumer votre passé. Ils ne voulaient rien laisser. Ils t’ont offert en cadeau le néant comme passé, le vide comme projet. Mais dans ton immatérialité, subsiste encore en toi, une trace d’humanité faîte de cette fidélité à l’endroit où tu vivais. Chaque nuit est un retour nostalgique fait de volatilité, de légèreté entre les murs de ta destinée. Tu as jusqu’à la nuit des temps pour donner un sens à ta vie sans présent.
Lire la suiteAu bout d’une nuit sans lune

Au bout d’une nuit sans lune, le soleil s’est levé loin derrière la montagne. Dans le froid d’une nuit glaciale, j’ai aimé cette chaleur chargée de lumière. Levant les yeux vers elle, j’ai cru voir ton visage se dessiner sur le voile sombre des derniers nuages de l’obscurité. Ce n’était qu’un rêve que le vent de l’hiver a balayé d’un revers. Amer, je suis rentré avec l’absence de toi.
Lire la suiteSur le carmin de tes lèvres

Sur le carmin de tes lèvres coule une goutte de vin qui d’un funeste destin tombe à sa fin. D’un baiser déposé, presque volé, je m’en viens sauver cette aventureuse délurée. Prétexte pour coller mes lèvres sur les tiennes, capturer cette goutte de vin qui fait tant de siennes. En moi, a coulé le venin de ce vin qui commençait de te tuer. En toi, le sang s’est glacé, tes membres se sont rigidifiés dans une pause figée. Je t’ai imité, le doigt dirigé vers l’immensité avec pour unique pouvoir de l’observer à jamais. Ce mot, je le hais, comme celui qui nous porte, ployé par le poids de notre sombre destinée. Tu me regardes, je ne peux te voir, tes larmes coulent portant notre désespoir. Nos nuits sont semblables à nos matins, tristes et noires. Pourtant, si c’était à refaire, je poserais de nouveau mes lèvres sur le carmin des tiennes buvant cette goutte de vin scellant notre destin.
Lire la suiteEve souviens-toi

Un jardin, un bassin, un petit matin. Un jardin, un bassin, un soir sans lendemain. Ta chaise vide. Je me souviens. Le trait de ton crayon sur la photo de nos souvenirs, ce soleil exagéré, ses éclats démesurés. Maquillé, transformé, ton dessin l’a bafoué. Nous avec. Tu le voulais, il le fallait. Transfiguré, ce soleil a carbonisé, effacé, éradiqué nos vérités. Deux chaises vides. Les cendres de ce que nous étions. Deux êtres dans un jardin au petit matin ou dans l’abandon d’un soir sans lendemain. Cela n’avait pas d’importance, nous nous aimions. Je le croyais. Toi, assise devant le bassin. Moi en retrait. J’ai toujours aimé notre jardin. Reviens. Efface de la photo, ces nuages, ce soleil, donne moi une nuit étoilée, fais moi entendre le son de la mer toute proche. J’ai besoin de rêver. Je te hais. Oui, je te hais. Pour le mal que tu nous a fait. Fallait-il que tu te prennes pour dieu ? Nous étions si bien dans notre jardin. Mais le démon de la tentation sommeillait en toi . Il a fallu que tu joues du crayon sur la toile des cieux. Nos souvenirs, nos plaisirs, tu as tout modifié. Gratuitement, stupidement. Oui, je te hais. Vomir pour tout sortir, pour tout te dire. Tu ne m’écouteras pas. Le dos tourné. Ainsi, tu étais. Ton visage, jamais je ne le voyais. Mais ta chaise était occupée. Accompagné, je me sentais sécurisé. Tout te dire, c’est t’avouer que durant ces longues années tu m’as épargné de la solitude. Cela me suffisait. Te le dire aurait eu pour effet de t’offenser. L’as-tu compris en quittant notre jardin, en détruisant la douceur de ce petit matin pour m’offrir l’assurance d’un soir sans lendemain ? Je rentre dans la nuit. Je le sens. Je m’en défends. Pourtant, c’est ainsi, il n’y a plus de place au rêve, à ce jardin et son bassin. Je ne cours pas après toi. Va au diable, tu l’as bien mérité. Le soleil va définitivement brûler les restes de notre vie largement consumée. Et alors ? Il ne touchera pas au souvenir de ce jardin merveilleux où les matins étaient des jours faits de lendemains. Notre bien le plus précieux. Eve souviens-toi …
Lire la suiteLe diable a tendu son doigt vers toi

Petite pousse, émergeant des herbes folles, je t’ai vue grandir, te dresser vers le ciel, tendre tes premières feuilles au vent, à la pluie. La neige t’a recouvert durant ce premier hiver où j’ai cru que tu ne survivrais pas. Tu avais disparu, sans air, sans lumière. Mais, dans la verdeur d’un printemps vivace, tu t’es ébroué de tes derniers flocons. Plus tard, tes bras sont venus m’offrir ce parasol de l’été sous lequel j’ai passé de si langoureuses heures. Tu me donnais la fraîcheur de ta protection, le confort de tes racines pour le plus agréable des fauteuils que j’ai eu à connaître. J’ai souvent touché l’écorce de ce tronc puissant au corps noueux; si fort, si solide. Il y avait en lui tant d’assurance. Les oiseaux nichaient dans le creux de tes branches, piaillant contre le vent les balançant, les tourmentant. Les soirs d’automne, j’admirais le lit de feuilles mortes s’étendant à tes pieds. Il était roux, brun, or, de ces belles couleurs dont tu t’étais habillé dans un ultime éclat. Il avait l’infini de ces teintes que je ne pourrai jamais peindre sur la toile. J’ai tant de fois essayé, sans jamais parvenir à en restituer l’âme. Cela reste encore une profonde déception. Il n’y avait que toi pour savoir colorier la vie avec autant de subtilité. Mais , un soir ou peut-être une nuit, je ne sais plus, tout s’est arrêté. Je m’étais endormi. L’orage, la foudre brisaient le ciel, jaloux de ta beauté, tout en haut de la colline aux herbes vertes, si fort, si dominateur. Le diable a décidé de te crucifier. Il a juste tendu son doigt vers toi. Pourquoi ? Je ne le comprendrais jamais. Je le sais. Tu n’es plus qu’un squelette, un perchoir pour de sinistres corbeaux qui te piétinent, brisant peu à peu les frêles branches qui te restent. Les hivers aux froids mordants, les été aux souffles brûlants, te consumes lentement, mordant les restes de ta vie, les émiettant. De mon pas lourd et traînant, je te ressemble maintenant. Il m’est de plus en plus difficile de te rejoindre au bout du chemin. Demain, dans la terre, à tes pieds, j’enfouirai une poignée de glands pour sceller notre destin. De l’un d’eux, émergera un chêne grand, beau et fort comme tu le fus. Je le sais. Nous ne le verrons jamais ainsi. On ne le demande pas. Nous requérons juste la grâce de le voir émerger de terre, de se dresser et d’attendre les premières neiges venant le recouvrir. Alors, sous l’écrin blanc, il prendra cet éclat si conquérant de te ressembler. L’histoire pourra se prolonger, renaître. Sans nous. Cela est-il important ?
Lire la suite




