Au soir de ta vie

Au soir de ta vie, dans le grand parc aux arbres meurtris, tu marcheras parmi les ombres. La peur t’aura quitté, emportant tes fantômes, tes heures sombres. Au soir de ta vie, tu chemineras doucement libéré de toutes tes futilités. Elles te faisaient vibrer. Te maintenaient parmi les vivants. Tu n’en as plus le temps. Revenir à l’essentiel. Ne plus te mentir, te cacher avant de grimper au ciel. Au soir de ta vie, tout est devenu si facile. Pourquoi ne l’était-ce pas auparavant pauvre imbécile ? Ne te fais pas souffrir, tu n’en as plus le loisir. Le temps du passé est révolu, ni haine, ni regrets. Tu as pu choisir, décider. Au soir de ta vie, tu seras ce que tu as été. Le solde n’est ni bon, ni mauvais. Les plans comptables n’existent pas. Ton bagage léger. Ne tremble pas, les ombres ne t’agresseront pas. Elles sont les étapes de ta vie, celles que tu as manquées. Il y a eu tant de rendez-vous ratés. Ta vie a été si longue, l’as-tu oublié ? Remplie de méandres, tu l’as si souvent torturée. Au soir de ta vie, tu partiras avec ce passé. Il n’est pas là pour t’encombrer, juste te rappeler. Ce sera ton laisser passer. Au bout du chemin, ils te demanderont qui t’as été ? Ne cherche pas, ne triche pas. Dis leur, parle leur de nous, de notre amour, de tout çà. Au soir de ta vie, tes yeux brilleront encore une dernière fois. Ce sera ta vérité. Notre secret.
Lire la suiteLes chants des anges

Les chants des anges se sont étendus sur le premier matin du monde. Souples comme le vol d’une colombe, ils glissèrent sur la terre, l’enveloppèrent.Puissants, forts, ils couvrirent le bruit de la bataille qui s’engagea entre la nuit et le jour. Les éclats de cette lutte montèrent jusqu’à nous. Nous étions collés l’un contre l’autre. Nous avions si peur. Les éclairs de leur combat crevèrent les ténèbres. Les montagnes jaillirent du sol. Les volcans crachèrent leur lave dans une mer écumante. Tu tremblais. Les vibrations de leur combat traversaient notre corps, nos âmes. Les chants des anges nous transperçaient. Ils voulaient nous sécuriser. Nous étions effrayés. Nos yeux pleuraient. Nos larmes avaient le goût de l’amertume. La disparition de cette nuit dans laquelle nous vivions depuis si longtemps. Le combat s’est arrêté avec la victoire du jour sur la nuit, l’arrivée du premier matin du monde. Il était blanc, laiteux. Paresseux, il s’est étiré en de longs nuages cotonneux. Il y avait la terre et les arbres. Le vent et le froid. Un sol blanc de givre. Lentement, le soleil perça derrière le voile de nuages. Nos yeux quittèrent les ténèbres. La lumière se fit de plus en plus vive, nous éclairant. Son éclat a habillé nos corps, les réchauffant. Surprenante, la sensation a été agréable, réconfortante. Pour la première fois, j’ai vu ton visage. Avant, tu n’étais qu’une ombre que mes doigts effleuraient, que mes yeux ne voyaient pas. Nous étions bien ainsi. Le chant des anges a modifié tant de choses. Aujourd’hui, l’on se voit. Tu es si belle. On se touche si peu maintenant pour se comprendre. Nous regardons au-delà des collines et des bois de cette soif nouvelle de savoir. Avant, dans le noir, nous avions besoin de si peu de choses. Notre faim est devenue insatiable. Nos querelles interminables. Nos choix, nos regards si différents. On se sépare peu à peu chaque matin un peu plus. Il nous reste encore ces derniers instants de nuit où l’on se souvient que nous étions des ombres collées l’une à l’autre.
Lire la suiteLe linceul de l’hiver
Cette nuit, un linceul glacé s’est étendu sur la terre. Il ne m’arrêtera pas. Au delà de la boue et des flacs gelées, au delà de ma fatigue, je marcherai jusqu’à toi. Je te le dois. Pour ces jours où nous courions sur le sable brûlant de l’été. Pour ton absence. Pour ton manque de toi. Pour ces liens qui sont les racines de ma raison. Tu habites ma pensée. Je n’ai que ce lieu pour t’héberger. Nos habitudes ne sont plus que des souvenirs. Un voile diaphane les recouvrent. Il m’est insupportable. Je ne peux l’écarter. Chaque jour, il s’épaissit de plus en plus. Je le hais. Le chemin nos vies s’est séparé à jamais. Venir te retrouver. Partager. Demain matin, dans le froid et la blancheur d’une aube gelée. Demain matin, au delà du brouillard et des arbres contractés, j’irai jusqu’à toi. Je sais que tu m’attends. Mon pas est maintenant plus lent. Ne me juge pas, je t’aime tout autant. Tu es partie, il y a si longtemps. Les nombreuses neiges de l’hiver ont recouvert la tombe de notre passion. Il ne me reste que cette pierre où est gravé ton nom. C’est là que je crois que tu es. Je fais semblant. Je me mens. Il ne me reste que çà pour exister dans le souvenir de toi. Alors, ce linceul glacé qui s’est étendu sur la terre cette nuit ne m’arrêtera pas. Je marcherai au delà de la boue et des flacs gelées. Je franchirai ce brouillard de l’hiver qui ne sera jamais assez épais pour te retrouver et t’aimer.
Pourquoi tu m’aimes ?

Te souviens-tu de cette promenade où nous étions perdus dans les bois ? Il y a si longtemps. Tu avais froid, tu t’es rapprochée de moi. La nuit de l’hiver tombait entre les grands arbres gelés. Tu as pris mon bras comme tu saisissais ta poupée lorsque enfant tu étais malheureuse. Tu voulais quelque chose. Fragile, je t’ai sentie hésiter. Tu m’as demandé pourquoi je t’aimais ? Je sais que tu te souviens de ma réponse. Elle t’a surprise. Je t’ai dit que ta question était pauvre, vide de sens. Je t’ai choquée. Ton bras s’est contracté sur le mien. J’ai ressenti ta désapprobation. Je t’ai enlacée. Tu as voulu t’échapper, vexée. Pourtant, tu es restée. Mes yeux ont fixé les tiens. Tu as vu toutes mes réponses. Le manque de ta présence quand tu n’es pas là. Tous ces paysages qui rappellent nos escapades. Des mots échangés qui soulèvent les pierre recouvrant nos souvenirs. Tant de parcelles de temps sur la toile d’araignée de nos vies. Nous l’avons tissée ensemble entre les branches de notre passion. Alors pourquoi, je t’aime ? Demande moi, comment je t’aime ? Comment ma vie se passe sans toi ? Multiplie tes interrogations pour te rapprocher de ma vérité. Tes questions, pour être juste, doivent être infinies. Mes réponses le sont. Libère-toi de ces besoins si petits, si restrictifs. Ne te contente pas de mots faciles, tant de fois répétés, vides de sens. Soit exigeante, excessive. N’aies pas de frontière. C’est comme cela que nous nous aimons.
Lire la suiteLa lettre d’amour

Hier, ta lettre est arrivée. J’ai reconnu ton écriture, ses traits, fins, sa fragilité. Je ne l’attendais pas. Je ne l’attendais plus. Une enveloppe déchirée, des gestes maladroits abîmant les premières phrases; j’avais hâte de toi. Sur le papier blanc, les ombres de tes mots griffonnés à la va-vite, les ratures, les hésitations, toutes ces phrases jetées dans un cri. J’ai ressenti tes certitudes, compris tes interrogations, aimé tes affirmations. Tu t’es dévoilée. Pas de main passée sur le visage, pas de cheveux tombant sur tes yeux pour voiler ta flamme. Il y avait tous ces mots d’amour que tu as enfin osé prononcer. Avec l’encre de ton cœur, tu les as jetés sur le papier. Comme une folle, tu t’es lancée pour devancer ces doutes qui voulaient que tu attendes encore et encore. Ils ont imposé quelques ratures pour freiner ces sentiments qui leur font si peur. Ils frappent à la porte de ta bouche, piétinent à la pointe de ta plume. Un jour prochain, tu oseras les utiliser. Face à moi, sans lettre, avec un regard, un sourire, nous embarquerons sur la rivière de notre passion.
Lire la suiteGothique et romantique

Au bout du chemin, à la fin du brouillard, il y a cette vieille église. Nous la rejoindrons à la nuit tombée. Atteindre ses portes pour nous arrêter, nous reposer. Tant d’autres marcheurs l’ont fait avant nous. Sens leurs âmes qui nous accompagnent jouant à cache-cache dans la brume nous recouvrant. Les branches des arbres gouttent de pluie. Les fleurs violettes portent des rivières de diamants. Les pierres noires volcaniques luisent sur le sol herbu. Dans la vaste étendue silencieuse, les oiseaux ne planent plus. Parfois, le son de tes pas me rappelle ta présence derrière moi. C’est le dernier lien qui me lie à toi. Nous avançons comme deux fantômes sur les monts abandonnées. Notre marche prendra fin à la porte de la vieille église, là-bas, si loin qu’elle semble inaccessible. Le silence est lourd, pesant. Perdus, nos yeux nous trahissent sans repères. Parfois, un arbre sort du brouillard. Géant aux bras tentaculaires, maigre au corps décharné, il nous regarde. Ferme les yeux, entend le chant des anges qui volent au-dessus de nous. Écoute, oui écoute. Ils s’adressent à nous. Marcher, marcher à en crever, les rejoindre, courir sur les monts, planer sur les vallées. Ne plus souffrir, s’abîmer pour rejoindre des chimères. Lâcher, s’abandonner, se coucher sur le chemin. Personne ne nous verra dans le brouillard qui nous ensevelit. Jouer avec les anges dans des courses sans fin. Il suffit de tendre la main. Oui, tu le peux. Je le veux. Mais le bruit de tes pas me revient comme un écho. Tu trébuches, chutes, je te te relève. Il faut continuer, marcher, avancer. Le chant des anges s’est évanoui. Nous sommes seuls de nouveau. Le brouillard, le froid, la solitude. Le poids du sac sur le dos. Le souffle court. Tant d’autres l’ont vécu avant nous. Penser, se donner un but pour résister, ne pas se coucher, tendre la main aux anges. Au bout du chemin, à la fin du brouillard, apparaît cette vieille église. Main dans la main, nous la rejoignons. Entrer dedans, se reposer et s’aimer à jamais sous la protection des anges.
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