Les perles de glace

Sur les eaux noires de l’hiver s’enfuiront tes larmes amères. Emportant en perles de glace tes douleurs, tes secrets. Le long de rives aux arbres dénudés. S’endormant dans le brouillard de ces nuits qui s’annoncent. Se lèveront les fantômes de tes regrets et les mots qu’ils prononcent. Souvenirs empoisonnés auxquels tu renonces. Pour une nouvelle romance. Qui te rappelle l’adolescence et un brin d’innocence. Glissent sur l’eau pour une destination inconnue. Tes douleurs mises à nues de s’être tues. Si longtemps dans la promiscuité d’une vie effacée. Que tu as décidé de rayer en haïssant le mot de fatalité. Bruissent les bourgeons d’un printemps annoncé. Au-delà des rives de l’hiver. Glaçant la terre et la rivière. Demain, plus tard, d’une mort lente s’écouleront dans l’eau les perles de glace de tes douleurs, de tes secrets. Que tu auras oubliés, cicatrisés par le temps. Dans la vase à jamais s’enfouissant.
Lire la suiteDans le labyrinthe de nos insomnies

Transporte les couleurs du lointain. D’une lumière d’un pâle matin. Soleil se levant sur la plaine couverte de givre. S’évanouissent les ombres de la nuit, titubantes, ivres. Montent les rayons d’un nouveau jour. Caressant les labours. S’endorment les cauchemars de nos insomnies. Touche la rampe de l’escalier. Ressens le froid de l’hiver sur ta main transie. Ne sachant plus pourquoi tu n’as pas dormi. Monte les marches vers la lumière. Sors de la cave de tes mystères. Caresse l’éclat du jour sur le verre. Souffle dessus ne voyant pas la buée s’y poser. Je le savais. Pourquoi m’écouter ? Il nous reste l’éternité pour se mentir, se trahir. Perdus à trembler. Sans agonir. Pendus par l’idée. De mourir. Sans jamais y parvenir. Courant comme des mômes de la cave au grenier. Errant comme des fantômes graves et assommés. De n’avoir plus rien à imaginer. Transporte les couleurs du lointain. D’une lumière d’un pâle matin. Toi et moi, main dans la main. Les regardant se lever pour plus tard s’en aller. De tes yeux une larme s’est échappée. Lente à tomber dans le silence de nos absences. Seuls à en crever. Meurs les heures à peine passées sans nous réchauffer. Derrière notre fenêtre prisonniers. Passent les jours et les nuits. Nous deux à traîner, emmurés dans nos insomnies. Monte les marches vers la lumière. Sors de la cave de tes mystères. Toi, qui depuis si longtemps ne m’a pas parlé. J’aurais tant de choses à écouter puis à te raconter. Comme mes larmes amères. Ou ces heures terrifiantes passées à ressentir le froid dans mes artères. Tu penserais que j’exagère. Mais comment encore te captiver, toi enivrée par l’idée de sombrer ? De me quitter. Lasse de chaque fois répéter la lente montée de l’escalier. Pour te précipiter. Vers la lumière d’un pâle matin. Transportant les couleurs du lointain. En espérant trouver la clé. La seule capable de nous libérer. Je n’y crois pas. Mais, pour toi, je fais semblant de toujours être là. On a beau n’être plus rien. Je tiens. A ce petit fil qui nous unit aux squelettes de nos vies. Où nous allions le matin. Ivres dans le froid et le givre. Courir sur la plaine de l’hiver. Au cœur de ses tempêtes, de ses mystères. Croyant que nous aurions l’éternité pour nous aimer. Dans le labyrinthe de mes insomnies ce souvenir me fait espérer.
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L’image factice d’un artifice

Dorme le froid de ces images évanouies. S’étire la lente agonie de nos oublis. Dans le pas entêtant d’un temps figé à jamais. Regardant sans se voir, ni pouvoir. Bouger au-delà d’une pensée prisonnière de l’absence de sang dans ses artères. Pleure le froid d’une mort sortie de tous ces corps. Recouverts d’habits cachant leurs peaux meurtries. Bleuies de froid, alanguis de s’être rassis. Dans une pause que tout oppose.Faire croire à la vie. Alors que leur réel est devenu artificiel. Caresse le froid de ces âmes transis. Aux attitudes polies, aux enfants sagement assis. Blesse le souvenir de ceux qui ont vécu en ce lieu. Faisant croire qu’il ne reste rien d’eux. Juste l’image factice d’un artifice. Qui n’a pas de talent d’actrice. Brûle le froid de rester seules dans le noir. Avec pour seul espoir de jouer le jeu du savoir. Conter aux vivants de fausses histoires. De gens riches et heureux. Qui ne rendent même pas envieux.
Lire la suiteNos larmes enfouies

Dans la cathédrale de verre sommeillent les ombres amères. Du regret de nos larmes enfouies. De n’être pas sorties. Entre la terre et la mer. Entre ces jours endiablés et ces nuits glacées. Où nous nous tenions près. L’un de l’autre pour nous réchauffer. Mais, je ne me souviens plus vraiment de ces moments. Il ne m’en reste qu’une cicatrice. Faîte de doutes que j’ai emmurés sans artifice. Dans le livre trop vite fermé de nos vies. Pour fuir, oublier ou mentir ? Je ne sais plus, je ne me souviens de si peu de choses, c’est vrai. Le temps est passé. Traînant entre le doux espoir de nos rêves chloroformés et l’idée de les protéger . Comme, je te l’avais promis. C’est ainsi. Je n’ai pas oublié les promesses que je t’avais faîtes. Ces souvenirs à conserver sans les mépriser. Tes sourires, nos rires. Tout ce qui me reste pour faire la fête. Faire semblant d’être joyeux alors que ton absence est un mal douloureux. Devrai-je te le dire ? Ou faire semblant d’être heureux ? Et se languir ? D’un temps où nous étions tous les deux. Traînant dans la cathédrale de verre. Entre ses ombres et ses mystères. Éloignés de la terre, plus proches des étoiles et de leurs lumières. A inventer un monde où nous serions reines et rois. Sans sujets, juste toi et moi. Sans règle, ni loi. Jouant sur le dos des comètes en hurlant à tue tête. Pleurent les larmes d’un violon amer. Contant le souvenir de nos rêves ébahis aujourd’hui groguis. Entre les cordes d’un ring où nos délires nous ont conduits à terre. Regards contre regards portés par des yeux hagards. S’endorment sur l’autel du martyr la langueur de nos souvenirs. Bons ou mauvais ne laissant que le regret de nos larmes enfouies. De n’être jamais sorties.
Lire la suiteLes ours en peluche

Souviens-toi de ces chevaux de bois. Te laissant endiabler par le tourbillon de leur manège. Oui, souviens-toi. Nous y allions par les temps de neige. Main dans main donnant des coups de pied dans les flaques d’eau. Riant, parlant haut. Toi virevoltant, moi te regardant. T’enivrer le corps et la tête. De ces journées se répétant dans un esprit de fête. Nous prenions le temps, tout notre temps. Sans personne à nous attendre ou chercher à nous comprendre. Il n’y avait pas de jour, de nuit, ni même d’ennui. Nous étions seuls dans le grand parc aux grilles fermées servant à nous protéger. Pour rester à l’abri dans notre vie. Différente d’être des enfants abandonnés. Toi rêvant d’un ours en peluche que tu pourrais cajoler. Moi, rêvant de te l’offrir. N’ayant ni argent, ni les moyens d’entrer dans le magasin, juste le seul désir. De te contenter. Nous revenions du parc en passant devant la vitrine aux ours endormis. Nous les regardions comme des enfants, les trouvant beaux et mutins. Nous les observions sous la lumière crue jusqu’au matin. Nous n’étions pas là pour les voir s’éveiller ni s’étirer. Il ne restait que le pouvoir de se les imaginer. Se levant, heureux de se retrouver entre frères et sœurs de même destinée. Leur vie était un peu la notre, leur donnant des noms, des surnoms. Sans nous poser la question de savoir si le froid, la faim pouvaient les gagner. Ils étaient comme nous les enfants d’une histoire sans nom. Comme le partage d’une forme de raison. Ils sont devenus proches de nous jusqu’à ce jour où l’un d’eux a disparu. Je t’ai vue. Pleurer. Toucher par l’absence du disparu. Comme si tu avais perdu un frère ou le souvenir d’un père. J’ai cherché dans le reflet de la vitre ton visage, mon image. Il n’y avait rien à voir. Comme les ours nous n’avons pas d’histoire. Portant le sort d’enfants morts.
Lire la suiteLes murs de notre cimetière

Regarde la ville s’étaler en murs droits et linéaires. Où s’abritent des êtres sombres derrière. Observant par les fenêtres la lente fabrication du mystère. D’un silence oppressant sur la cité s’abattant. Aux trottoirs déserts. Dans le calme précaire. D’une absence étouffante. Marche l’âme amère d’un être de misère. Errant sur les pavés recouvrant les fossilises du passé. A la recherche de goûts et de couleurs teintés de souvenirs. Du miel de cette époque révolue où volaient les abeilles. Sur les fleurs de notre verger aujourd’hui sans fruits à cueillir. Laisse la ville s’étaler en murs droits et linéaires. Pays de fantômes droits et fiers. Que jamais personne ne voit. Derrière la tristesse épanouie de murs gris et froids. Je pense alors à toi. Courant à travers bois. Le bonheur au bout des doigts. C’était, il y a longtemps. Lorsque nous étions des enfants. Épargnés de l’avancée du monstre de pierres. A l’expansion totalitaire. Qui peu à peu fabrique les murs de notre cimetière. Où nous passons des années entières. Sans autre horizon qu’une ville qui marche, conquérante et fière d’étendre ses artères.
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