Exposé sans vie

Il pourrait y avoir de la musique techno, des lasers, un bruit d’enfer. Le vent qui se lève, la pluie qui tombe sur la terre. Un grand chamboulement, de forts tremblements. Un trouble dans l’équilibre des mouvements. Assis sur le trône, tenant un rapace, un chien figé, obéissant. Le ciel gris s’assombrissant. Les spots de lumière maquillant tes manières. D’un autre temps. Le regard posé à hauteur de tes pieds. Pour les observer, les embrasser ? Faut-il se rabaisser pour que tu daignes nous regarder ? La musique sur ton corps s’écoulant en vagues. Profanant ton image d’un coup de dague. Sans cœur brisé. Ni larmes arrachées. Juste les yeux dirigés vers le lointain. Où s’étirent tes heures sans fin. Puis-je te toucher ta main ? Savoir si tu es froid. En ai-je le droit ? Une tentation, une hérésie, une folie. Dans cette nuit, où il pourrait y avoir de la musique techno, des lasers, un bruit d’enfer. De sales manières. Des corps dansant à tes pieds. Toi, refusant de les regarder. Un soir endiablé imaginé pour se défoncer. Une soirée de festival dans ton château sur ses pavés. Le chien ne pouvant aboyer. Le rapace ne parvenant pas à s’envoler. Toi, dans une pose contractée. J’ai envie de t’arracher à ton passé. Ne vivant que dans les pages d’histoire. Qu’on ne lit que le soir. Laisse entrer le jour de la nuit. Regarde cet hier qui s’enfuit. Attrapant le fil d’une nouvelle vie. Vêtu de nouveaux habits. J’ai envie de croire que si tu pouvais le faire. Tu oublierais ton regard fier. Sautant sur les pavés, lançant au ciel le rapace d’un geste fugace. Pour retrouver ces danseurs qui t’agacent. Effaçant le charme que tu maudits. D’une exposition sans vie.
Lire la suiteAvril

Avril, fragile. J’aime tes longs cils, ton corps gracile. Ton nom aux lueurs de l’été prochain. Le soleil à portée de main. Ton corps reposé, tes pas mesurés venant me chercher. Avril. Libre et endiablée, sage et enflammée. Passionnée, attristée d’un regard jeté ou volé. Près de moi allongée. J’aime t’entendre respirer puis soupirer. Alanguie, sans souci jusqu’au bout de la nuit. Avril. Qui joue avec des fils. Tombant des étoiles sur le bord du Nil. Un rien gamine aux poses mutines. Capricieuse ou bien amoureuse. Toujours heureuse. Petite abeille. Belle sans pareil. Fiévreuse comme un jour qui s’éveille. Tu cours dans les champs. Parmi les fleurs et leurs couleurs. Retenant le temps. Te regardant. Avril, fragile. J’aime tes longs cils, ton corps gracile. Tes yeux découvrent le monde. Les jeux portent tes secondes. Joyeuses ou merveilleuses. Habitée de ce bonheur. De jouer de tes peurs. De courir sans réfléchir. De te blottir sans frémir. Avril.
Lire la suiteDans la rue qui tourne
Dans la rue qui tourne bat lentement. Un temps. Où glissent sur ses murs les nuages. Coloriés comme des images. Les doigts trempés dans la peinture. Depuis ces années qui durent. Si loin que se souvienne le temps. Tangue l’idée de fatalité. D’un dessin tracé pour rêver. Dans la rue qui tourne doucement. Bercée par la mélodie. De l’écho des talons. Des jeux, des cris des enfants. Courant après les grains du sablier. Tombant sans jamais les capturer. Ne se lassant jamais. Oubliant le temps. Pour se promener. Traînant sur le pavé. Le soleil refusant de se coucher. Dans la rue qui tourne inexorablement. Bat ton cœur furieusement. Là où nous nous sommes croisés. D’un regard échangé. D’un désir partagé. Plus tard en attente de toi. Au hasard du temps et de ses lois. Dans la rue qui tourne capricieusement. Pour se retrouver. Ne plus nous quitter. Le long de murs aux couleurs qui veillent . Nous emportant vers le grand sommeil. Au bout du temps. Dans la rue qui tourne indéfiniment. Là où se pose parfois le rêve fou. De continuer sans jamais s’arrêter. Chimère volée aux doigts trempés de peinture. Déformant la réalité. Créant l’idée d’un futur. Aux couleurs figées. Dans une rue qui tourne où s’enfuit définitivement. Le temps…
Une nuit ventée. Un ciel délavé.
Une nuit longue à en crever. Le soir jusqu’au bout du noir. Des ombres, un corps décharné. Dans le reflet flou d’une télé. Au son baissé pour ne pas écouter. Tu traînes. Les pieds nus sans gène. Une guitare électrique. Des accords métalliques. Le sombre à la place du jour. Des regards sans amour. Une main qui tremble. La peur il me semble. Une lumière derrière. Oubliant le jour d’hier. Ton teint de demain. Terni d’heures sans fin. Tu me mens. Un verre d’alcool. Une bouteille dégoulinant. Sur un canapé au ras du sol. Supportant nos solitudes égarées. Faîtes pour se lasser. Le son de la télé qui se met à hurler. L’heure de se lever. Où aller ? Au petit matin. Rien qui nous retient. Pas de souvenirs. Ni même un soupir. Ton genou qui m’effleure. Une erreur ? Je me leurre. La pluie qui tombe. Remplissant la tombe. D’une dernière nuit. Avec les gerbes de l’ennui. Une porte qui claque. Les pieds dans une flaque. Un juron. Une autre façon de rappeler. Celle que j’aimais. Tu existais. En bien ou en mauvais ? Tu vibrais. Au-delà de cette méchanceté. Qui nous a englués. Baignant dans un alcool frelaté. A l’aigreur de mauvaise foi. Sans reine ni roi. L’abandon pour obsession. Le chaos pour compassion. Une nuit. La fin d’une cacophonie. Le son désaccordé. D’une partition désenchantée. Notre passé fiévreux. Que reste-t-il ? Des pouilleux. Aux parjures faciles. S’affrontant sans armure. Se cognant sur des murs. Rouge sang. Je te sens. Proche de craquer. Ta destinée ? Pourquoi me reprocher ? Tes fissures, tes cassures. Celles que j’endure. Sans être sûr. Qu’elles m’intéressent encore. Je fais celui qui dort. Je triche. Je m’affiche. Distant. En dedans. Travaillant la pose qui indispose. Que tu hais. Qui me plaît. Que je t’oppose. Au bout de la nuit. Jusqu’à la fin de la vie. Sur la mélodie. D’une ballade qui se finit. Sans slow. Sans mains passées dans le dos. Je me souviens. Une nuit ventée. Un ciel délavé. Tout s’est arrêté. Sans générique de fin. Un film muet. Des acteurs répudiés. Une salle sans spectateur. Vide à toute heure. Pas de textes. Pas de mots. Sans prétexte. Le bal des salops. C’était trop beau. Nous deux. Proche du divin. Extatique, bienheureux. Le plaisir à portée de main. On a tout gâché. Seul bien nous restant en commun. Douloureux pour prier dieu. Ou croire au merveilleux. Nos rêves sont affreux. Toi, tombant dans le vide. Moi, ayant mal au bide. Notre définition du sacrifice. Un monde d’artifices. Des couleurs noires et noir. Nos espoirs teintés de désespoirs. Je me retiens. Sans pouvoir, ni savoir. Je maintiens. Que je tiens. A toi. Aussi loin. Que porteront les dérives. De nos âmes ivres. Jusqu’à ce que tu me délivres. Du fantôme de moi. Déformant notre loi. Nous torturant pour nous égorger. Tu le portes en toi. S’aimer à s’éventrer. Tous les jours dans un champ de labour. Là où sont enterrées les graines de notre amour. Par une nuit ventée. Sous un ciel délavé. Avec témoins de notre union.Des spectres sortant des sillons.
Le pendu d’or

Un visage qui souffre, qui se tord. Des gouttes de pluie qui ruissellent sur un corps en miettes, en parcelles d’or. Tombe la lumière maquillant la douleur en un trésor. Des yeux clos cachant la haine brûlant en dedans. Une main contractée laissant passer le sable s’enfuyant. Rongeant le ventre, putréfiant les viscères, laissant une terre de misère sans conquistador. Un désert où les oasis sèchent au fond d’un corridor. S’étendent les cicatrices sur un visage rongé par l’avarice. Des sentiments, une joie éteinte s’endormant dans une pose fabriquée. A peine disposée pour charmer. Tout juste composée pour enjoliver. Un symbole sculpté dans une position folle. Cours l’idée d’imaginer un corps penché avant de se noyer. Ou de tomber dans des bras disposés à le protéger. Tête en bas, à l’envers, vu de face ou de travers. Il reste ce monde aux interfaces laissant ce goût amer. De ne pas voir derrière. Le fil du temps retenant d’une façon cavalière. Le pendu d’or au visage qui souffre, qui se tord.
Lire la suiteMoi et mon chien

Moi et mon chien nous nous sommes égarés. Dans la ville trop large aux rues tracées comme des tranchées. Éclairées à nous en aveugler. Nous avons plongé en apnée. Coulant, divaguant au point de nous égarer. Sur la rive du mauvais côté. Courant, haletant à en trébucher, nous nous sommes chamaillés. Sans nous regarder. Je l’ai entendu grogner. Il avait tant de choses à me reprocher. En laisse attaché, moi à l’autre bout énervé. Tirant, pouvant l’étrangler. Il a choisi de s’arrêter. Au milieu du pont en arrêt. Voulant me montrer. Le chemin, pour ne plus se tromper. La ville était vide abandonnée. Je ne l’avais pas remarqué. Essoufflé, le cœur cognant affolé. Je n’avais pas pris le temps d’écouter. Le silence assourdissant qui nous enveloppait. Sur la rive du mauvais côté. Où aller ? Mon chien avait l’idée de traverser. Il voulait me tirer, m’entraîner. Sur le pont vers l’autre extrémité. J’hésitais, la peur du danger ? La pluie s’est mise à tomber. Nous avons plongé en apnée. Pour ne pas nous mouiller. Nous avons coulé, divagué, erré au point de nous égarer. Après avoir maintes fois tourné. Nous nous sommes retrouvés sur le pont abandonné. Sans carte pour nous repérer. Sur les rails du tramway. Pouvant nous faire écraser. Le silence nous enveloppait. Voulant nous protéger. On aurait pu entendre les oiseaux voler, les chats miauler. Parfois on se fait des idées. Fatigué mon chien s’est couché à mes pieds. Attendant que je me sois décidé. A traverser de l’autre côté. J’ai fait le premier pas pour me lancer. Mon chien m’en a empêché. Le réveil venait de sonner. Il était l’heure de se lever. Le pont s’est animé. Les vélos, les tramways sont passés. Nous nous sommes écartés. Allant nous promener. Attendant que le jour se soit en allé. Que la nuit et le pont se soient illuminés. Nos ombres ont fusionné. En toute intimité. Sur les rails d’une errance conjuguée. Plus loin que le noir. Se heurtant aux frontières du cauchemar.
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