Des perles de pluie

Demain, au petit matin. Nous irons cueillir des perles de pluie sur les eaux gelées d’un lac oublié. Plus loin que les sommets de montagnes enneigées. Là où sommeillent les loups au bout du bout d’un ciel étoilé. En cet endroit où la terre est plate et s’achève par un vide infini. Nous sauterons vers cet autre sol où naissent les perles de pluie. Dans le cocon de nuages verts et alanguis avec cette terrible envie. De tomber sur des champs aux herbes rouges et bleues. Là où l’on s’étendra tous les deux. En changeant les couleurs des cieux d’un simple vœu. D’une baguette dessinant le merveilleux. Dans ce pays où les arbres seront jaunes et chamarrés. Se métamorphosant tout au long de la journée. Il suffira d’un regard, d’une pensée. Pour les voir se transformer au gré de notre volonté. Ensuite, nous irons nous perdre dans la vaste forêt. Recouvrant cette terre imaginaire. Il n’y a pas de mal à croire qu’on peut le faire. Cela nous apportera peut-être plus d’audace. Pour donner des couleurs à nos jours qui s’effacent. Prend le pinceau, trace sur la toile des teintes tenaces. Qu’elles soient vives et belles, qu’elles nous rappellent la fragilité des choses essentielles. Comme cette fusion passionnelle. Nous amenant en cet endroit où la terre est plate et s’achève par un vide infini. Avec ce rêve inabouti. D’aller cueillir des perles de pluie sur les eaux gelées d’un lac oublié. Que nous avons cherché. Que nous n’avons jamais trouvé. Sans regret. Sans larme venue s’écouler. Dans ce pays où les arbres sont jaunes et chamarrés. Sur cette terre imaginaire où nous sommes venus nous abandonner.
Lire la suiteImposteur

Les couleurs délavées d’un ciel fait pour pleurer dégoulinent le long de tes pas. Laissant traîner ta pesanteur tentaculaire sur des murs las. De te voir passer, ton ennui suintant, tes mains poisseuses, tes cheveux gras. Ta puanteur véhiculant tes aigreurs. On pourrait te tuer ou t’embaumer, il n’y aurait personne pour te réclamer. Ni bon, ni mauvais, juste lent, mal luné, traînant pour traîner, parlant pour parler. Des mots fades et répétées, faisandées, inappropriés, que personne n’a envie d’écouter. Tes yeux globuleux d’un être peureux, une peau boutonneuse, des ongles sales grattant le temps sur les cordes d’une mauvaise guitare. Tu déambules dans le noir, te raccrochant à des murs qui voudraient fuir de de te voir. Maintenant ou plus tard. Il y a tes essoufflements, tes mauvais relents témoignant que tu existes. Les portes et les fenêtres se fermant, une quarantaine imposée pour fuir ta piste. Où tu te hasardes, seul, te croyant original, personnage fabriqué qui pue pour être vu. Le croit-il ? D’autres parlent d’un imbécile. Solitude, platitude le long du trottoir seul dans le soir. Les couleurs délavées d’un ciel fait pour pleurer dégoulinent le long de tes pas. Il n’y a que toi chaque nuit à être là. Pourquoi ? Ton horizon tourner en rond. Tu n’as d’autre loi. Te voutant un peu plus chaque jour, te ratatinant, laissant ta tête émerger comme un nénuphar dans une mare. Boueuse où il n’y a plus de canards. Partis ailleurs chercher leur bonheur. Il n’y a que toi pour ne pas le voir. Tes sourires mièvres, tes dents cassées, jaunies. Cette haleine de vomi. Qui pourrait t’embrasser, te désirer ? Il faudrait être fou, suicidaire ou jamais lavé. Tu trouves toujours le nord. Pour diriger tes pas avec le même ressort. Vers des expositions de bouts de ficelles tirées de poubelles. Extatiques ou pathétique, tu les déclares belles. Mieux, elles t’ensorcellent. Avec la même ritournelle. Donnant des mots à tes dérives, des poses aux choses que tu oses. Imposteur. Avec un égal bonheur. Se jouant du temps, de ses relents. Derrière lui les couleurs délavées d’un ciel fait pour pleurer dégoulinant le long de ses pas. On a envie d’écrire le texte d’une mauvaise chanson. Où tu serais le héros sans d’autre raison. Pour crier, hurler, se libérer de te voir passer. Tous les jours, chaque année, sans s’arrêter, marchant la tête baissée. Et te dire que le monde est rond. Que tu seras obligé de repasser. Bien que le tien soit carré. Avec des angles obtus où tu restes bloqué. Dans les méandres du temps, sans personne pour te libérer. A une autre époque où poussaient des ailes aux phoques. Il n’y a que toi à l’avoir connue. Tu n’en es jamais revenu.
Lire la suiteOne bitter promise

There is this black barrier which prevents you from seeing further behind. Tinted colors of blood sweeping the falling asleep day. Water being spread out to the feet of the firmament. Sky in scraps, clouds bowing down. Just behind this barrier blocking. Your days, your nights, that never you will not cross. Blocked by this lack of desire which you transport made dull. Each morning you remainders there. With you to say that now you will dare. to Take the first step. To flee, leave behind your trouble, to howl and quiver. While going elsewhere to seek this happiness. An end of hope far from the rancid odors. Where steps your heavy steps and mow. You have this force to split the bark. You advance warlike and proud. Flying over your sorrows, your sorrow. You will cross this wall of a nimble and sure step. There is nothing hard. To leave heavinesses and slownesses. Who feed your fears, your frights. You defer it to presently. Each time, as if it were your law. To be tired and to carry the weight. Impotence without going until the end of your hopes. Manufacturing this black barrier which prevents you from seeing further behind. However, it would be enough for you to let yourself carry. By your will, all these ideas come in you to germinate. And to plane, plane until the end of your eternity. Taking over your destiny without yielding to fate. To be unobtrusive, hidden. Carrying an imposed shame. Whereas it is enough for you to awake. To look at the sun lying down. To see the sky igniting. To let you cherish. Before being carried. Beyond this black barrier which prevents you from seeing further behind. To build one elsewhere virgin of your sorrows and your pains. That you will build step by step. By not reproducing the errors of the past. Like this idea to forget you. Being binding on you over the years. To have lost the wire of your will. This evening you will launch out; you swore it. Weigh on you fate too much. The tender, the abandonment are part of your reason. To mislead to you you will think that tomorrow. You will cross finally. This black barrier which prevents you from seeing further behind. It is only one bitter promise. It is written that you will always live behind this barrier.
Lire la suiteUne promesse amère

Il y a cette barrière noire qui t’empêche de voir plus loin derrière. Les couleurs teintées de sang balayant le jour s’endormant. L’eau s’étalant jusqu’aux pieds du firmament. Le ciel en lambeaux, les nuages se prosternant. Juste derrière cette barrière obstruant. Tes jours, tes nuits, que jamais tu ne franchiras. Bloquée par ce manque d’envie que tu transportes affadie. Chaque matin tu restes là. A te dire que maintenant tu oseras. Faire le premier pas. Pour t’enfuir, laisser derrière ton ennui, rugir et frémir. En allant ailleurs chercher ce bonheur. Un bout d’espérance loin des odeurs rances. Où marches tes pas lourds et las. Tu as cette force de fendre l’écorce. Tu avances guerrière et fière. Survolant tes peines, ta peine. Tu franchiras ce mur d’un pas agile et sûr. Il n’y a rien de dur. De laisser les lourdeurs et les lenteurs. Qui alimentent tes peurs, tes frayeurs. Tu le reportes à tout à l’heure. Chaque fois, comme si c’était ta loi. D’être lasse et de porter le poids. De l’impuissance sans aller jusqu’au bout de tes espérances. Fabriquant cette barrière noire qui t’empêche de voir plus loin derrière. Pourtant, il te suffirait de te laisser emporter. Par ta volonté, toutes ces idées venues en toi germer. Et de planer, planer jusqu’au bout de ton éternité. Prenant en main ta destinée sans céder à la fatalité. D’être effacée, cachée. Portant une honte imposée. Alors qu’il te suffit de te réveiller. De regarder le soleil se coucher. De voir le ciel s’enflammer. De te laisser caresser. Avant d’être emportée. Au-delà de cette barrière noire qui t’empêche de voir plus loin derrière. Pour construire un ailleurs vierge de tes peines et de tes douleurs. Que tu bâtiras pas à pas. En ne reproduisant pas les erreurs du passé. Comme cette idée de t’oublier. S’imposant à toi au fil des années. Pour avoir perdu le fil de ta volonté. Ce soir tu te lanceras; tu l’as juré. Pèse sur toi trop de fatalité. La soumission, l’abandon font partie de ta raison. Pour te tromper tu te diras que demain. Tu franchiras enfin. Cette barrière noire qui t’empêche de voir plus loin derrière. Ce n’est qu’une promesse amère. Il est écrit que tu vivras toujours derrière cette barrière.
Lire la suiteUne nuit sans lune, ses brumes chuchotant

Une nuit sans lune, ses brumes chuchotant. Un jour de novembre dans la pluie et le vent. Les humeurs du jour se dissipant. Coulant dans la vallée doucement. La nuit s’installant. Slalomant entre les roches. S’ébruitant en murmurant toute proche. Colportant les rumeurs de fantômes s’endormant. Le bien et le mal se diluant. Dans la pénombre s’installant. En rampant. Toi et moi, faisant semblant de croire au prince charmant, aux fées, en un ciel étincelant . Un piano chahutant. Les blanches et les noires leurs remous bouillonnants. Absorbant les feuilles d’arbres pleurant. Les couleurs d’un été brûlant. La nostalgie se diluant. Dans les eaux emportant. Nos rêves d’enfants. Devenus conscients. Qu’ils étaient morts en naissant. Sans amertume partis lentement. Sur la rivière en flottant. Toi et moi, faisant semblant de croire au prince charmant, aux fées, en un ciel étincelant . Nous étions grands. Forts et résistants. Oubliant imparablement. Nos rêves d’enfants. N’ayant plus le temps. De voir les choses autrement. Si ce n’est qu’en acceptant. Un monde différent. Subissant ses affrontements. Sans comprendre son fonctionnement. Parfois se réfugiant. A l’abri d’une nuit sans lune, ses brumes chuchotant. A la rivière, à ses eaux s’éloignant. Doucement. Avec ces questions revenant. Et si on avait le temps ? Pourrions-nous retrouver nos rêves d’enfants ? Toi et moi, sans faire semblant de croire au prince charmant, aux fées, en un ciel étincelant. Mais nous sommes grands. Nous éloignant, glissant entre les arbres et le temps. Comme la rivière s’échappant. Sous une nuit sans lune, ses brumes chuchotant. Il n’y a que les enfants qui rêvent en s’endormant.
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