Notre monde merveilleux

Dans notre monde merveilleux, il n’ y a pas de nuits, de soleils qui s’enfuient. Il y a des eaux coulant des jours paisibles, des poissons endormis. Les pêcheurs y sont bredouilles et gentils. Rêveurs, les promeneurs goûtent le temps présent ses langueurs. A toute heure, toujours de bonne humeur. Il ne fait pas froid mais chaud. Tout le monde est jeune et beau. Le soleil brille chaque jour tout là-haut. Son éclat dans tes yeux me rend heureux, amoureux. Nous, tous les deux, dans notre monde merveilleux. En symbiose dans cette bulle qui s’articule. A la jointure d’un autre univers, ses fractures. Nous aveugles pour ne pas voir. Comme les petits singes, la main sur la bouche, les yeux, les oreilles pour ne pas savoir. Nous berçant d’une illusion devenue notre raison. Tournant et retournant autour du lac notre cul de sac. Dans notre monde merveilleux on ne cherche rien. On ne trouve rien que des jours sans fin suffisant à notre faim. S’aimer est notre devise loin du cours de la bourse, la chute de ses devises. Montent à la surface de l’eau les bulles sorties de la vase. Fleurissent toutes ces fleurs que l’on ne mettra jamais dans des vases. On s’endort quand le jour se teinte de gris. On se fait petit. Pour éviter d’avoir peur, se protégeant de notre torpeur. Transis, avachis, alanguis. On ferme les yeux pour que tout aille mieux. Dans notre monde merveilleux, on coule des jours heureux. Les gens ne sont pas envieux ou capricieux. Se promènent comme des pingouins autour du lac. Marchent en rythme sur la mélodie et son tic-tac. Tout se passe bien. Sans le moindre couac. Nous sommes heureux dans notre monde merveilleux. Main dans la main. Toujours en fermant les yeux.
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Les enfants de Görlitz

Je ne sais par où commencer ? Torturer leurs souvenirs en extraire l’essence. Ce passé où l’âme se balance dans leurs existences. J’aimerais t’emmener, te raconter. Sortir du carton de leurs musées. Les jouets avec lesquels ils s’amusaient. Dans les rues face aux palais. Dans les ruelles, leurs cachettes éternelles. Entre des chevaux, des gens bien habillés. La douceur de leur enfance. La pertinence d’une insouciance. Le temps s’écoulant en les effleurant. Doucement. S’amusant en les caressant. Les étés à battre le pavé. A crier, se chamailler. Dans l’indolence de leur adolescence. Jusqu’à cette guerre, son enfer, ses misères. Vivant comme des vers de terre. Venue tout briser, tout effacer. Laissant crever le passé. Faisant pousser des arbres échevelés. Sur des balcons abandonnés. Squelettes articulés au vent mauvais. Venu s’abattre sur la cité. Spectres faméliques de palais gothiques. Splendeur d’une grandeur. L’expression d’une douleur. Portée par la mélancolie d’une nostalgie. A la vie, à la mort, sur les murs d’une profonde désolation s’écoule le sort de leur frustration. Sournoise, narquoise. Rédigeant sur le paravent d’un autre temps. La lettre de leur mémoire effacée. Ces vestiges, leurs vertiges. La tête vide dans les rues de Görlitz le vent, la pluie, une mélancolie. La pénombre se glissant entre les failles des murailles. Le regard se heurtant sur les pierres du brouillard. Écoutant chanter sous le voile à peine clos. Les voix du passé, leurs mots. Je ne sais par où commencer ? Torturer leurs souvenirs en extraire l’essence. Imaginant cette puissance, son opulence. Alors que le soleil s’endort, coule le triste sort. D’une ville fantôme vide de ses mômes. Orpheline d’un passé, la faisant vibrer. Le temps où crevaient les arbres sur les balcons des palais. Où battait l’indolence de leur adolescence. Jusqu’à cette guerre, son enfer, ses misères. Maquillant les rues de Görlitz d’une tristesse infinie. Dans le souvenir de ses enfants partis. J’aimerais t’emmener, te raconter. Là-bas, la ville mélancolie.
Lire la suiteLe crépuscule de nos particules

Sombre la lune au-delà des dunes. Enterrant les larmes de jour dans le creux des labours. La mer se retirant dans la coquille des déserts. Le vent à l’infini capturant notre émerveillement meurtri. Ligoté dans le silence imparfait de notre fragilité. Les pas hésitants sur le sable lisse de nos imperfections. Le vol des mouettes flirtant avec les tempêtes au-dessus de nos têtes. Le silence portant la marque de la confusion, la répétition de son inaction. Écoutant le vide s’installer assourdissant. Le regard en attente d’absolu, l’âme mise à nu. Un rien faisant ce mien que tu prends entre tes mains. Chaleureux à défaut d’être précieux. Immobile se momifiant en fossile. Méprisant les griffures du vent et tout ce temps. Où la lune sera absente, son indolence repentante. Les brisures du jour , les fragments de son armure. Les doigts contractés ne pouvant se relâcher. L’infortune de nos imprévus, tout ce que l’on a tu. Le crépuscule de nos particules infusé des ombres de notre ridicule. Le début de la fin, une nuit sans fin. Quelque part au terme du chemin. Ses barbelés, nos doigts ensanglantés, la pluie pour les laver. Le ressac de la marée, nos cœurs en vrac. Les yeux hagards beaucoup plus tard dans les bras du hasard. Affolant la tendresse de nos sentiments. Noirs dans le miroir d’un mauvais soir. La lueur éteinte de notre pudeur. La somnolence de notre décadence. Les vagues se retirant en nous maudissant. Sombre la lune au-delà des dunes. Ta main qui la retient d’un fil d’un geste futile. Nos pas sans trace, le vent qui les embrasse, cette absence qui nous fracasse. Dans le crépuscule de nos particules, ce vide où l’on s’articule. Évaporés et démembrés. Inexistants et larmoyants. Sur la lande de nos mélancolies fantômes à jamais ensevelis. Dans les plissures coupables de nos fêlures, ce mal du passé que l’on endure. A errer dans le labyrinthe d’une mémoire éteinte.
Lire la suiteLes yeux dans les yeux

En ce temps-là on ne branchait pas son cœur sur un ordinateur. On était sans clavier pour se parler sans câbles se liant à toute heure. Les yeux dans les yeux sans écran fondamentalement anormaux. On se rencontrait pour s’aimer en se trouvant les plus beaux. Personne à commenter, twittter, nous traiter de salops. Pas de virus, ni de disque dur. Nous étions deux feux follets amoureux, immatures. Sans armure pour éviter de se faire arnaquer. Par des mails piégés, sans cv étalé pour se faire renifler. Avant de pianoter sur le clavier une musique psalmodiant une infortune. Les doigts dégoulinant d’amertume. Trouble obsessionnel d’une solitude. Profonde. Les yeux dans les yeux avec tant de platitude . Toi et moi au bout de nos jeux glissant sur l’onde. D’un passé sans pc où s’ennuyer pour s’apprivoiser était une formalité. Traîner pour s’occuper une facilité. Sans copier-coller. Pour activer l’inquiétude d’un temps perdu. Décapsulant un cerveau mis à nu. Dans le notre il n’y avait que des marionnettes. Équilibristes de nos soirs de fêtes. Sans streaming, viols de propriété intellectuelle. Nous étions fusionnels, intemporels. On vivait sans Facebook sans se sentir cons, tout tournait rond. La terre était ronde, la nuit montait la lune. Dans les vergers on mangeait des prunes. Sans être gelées au goût lyophilisé. On ne pensait pas à activer windows son pare-feu ses autres choses. Les chats traquaient les souris personne ne leur donnait de tapis. Pour se promener insolemment sur des écrans. En ce temps-là on ne branchait pas son cœur sur un ordinateur. On ne commettait pas d’erreur. Fatale. Il n’y avait que l’attraction totale. Du temps qui dure. Nos poses de sculptures. Se regardant les yeux dans les yeux. Dans un silence sans âge. Sans être otages. D’un écran nous absorbant. Le corps noué, envouté. Le poison s’écoulant lentement. Dans la langueur de serments. On y croyait sans passer par Google son détecteur de vie privée. Tu me copies. Je te copie. Clone d’une pensée périmée, chaque jour démodée avant même d’être éventée. La fièvre convulsive d’être moderne en méprisant le passé. Les yeux dans les yeux. La rengaine du sang bouillonnant dans nos veines. On n’a rien inventé. Les autres ont tout oublié. Le mot de passe. Tu trépasses et l’on t’efface.
Lire la suiteLes ombres s’éloignant

Il reste dans les allées, les graviers que l’on a piétinés. Les arbres ensommeillés. Nos premières heures, notre bonheur. Agenouillés à s’amuser de futilités. Oubliant le passé, ses horreurs. Un tronc d’arbre tagué. De nos deux cœurs. Enlacés. Immortalisant notre émerveillement. Nos promenades, nos arrêts de bancs en bancs. Tu essayais de comprendre ce qu’on pourrait attendre. De l’avenir, de nos désirs. On traînait à pas lents sur le gravier. En se regardant. Se désirant. Doucement, tendrement. Au dessus de nous passait le vent. Tes cheveux s’ébouriffant. Ta main les retenant. Tes sourires. Nos rires. Tout était naturel. Si intemporel. Hors du temps. S’écoulant en flirtant. En se touchant. Marchant sur les graviers. Au bout des allées. En jurant. De se protéger. De s’aimer. On y est allé. Sans s’égarer, sans se chamailler. Dans la langueur de nos mouvements. La douceur de nos pas indolents. La pâleur de nos cheveux grisonnants. La maigreur de nos corps s’affaiblissant. Marchant sur les graviers. Avec la peur de se quitter. Qui sera le premier ? Qui devra rester ? On n’en a jamais parlé. Je sais que tu y as pensé. Tes doigts caressant nos deux cœurs enlacés. Sur le tronc gravé. Pour conjurer la fatalité. Rappeler le passé. Une odeur, des couleurs. Quand nous n’étions que rêveurs. Il y a si longtemps. Et, maintenant. Le futur en tremblant. Puis, un matin blanc. Autrement. Avec la solitude. En faire une habitude. En traînant dans les allées, sur les graviers que l’on a piétinés. Toute une vie passée à s’aimer. Ombres s’éloignant à jamais effacées. Pour toujours oubliées. Laissant un arbre gravé. De nos deux cœurs enlacés.
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