
Au bout d’une nuit sans lune, le soleil s’est levé loin derrière la montagne. Dans le froid d’une nuit glaciale, j’ai aimé cette chaleur chargée de lumière. Levant les yeux vers elle, j’ai cru voir ton visage se dessiner sur le voile sombre des derniers nuages de l’obscurité. Ce n’était qu’un rêve que le vent de l’hiver a balayé d’un revers. Amer, je suis rentré avec l’absence de toi.
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Sur le carmin de tes lèvres coule une goutte de vin qui d’un funeste destin tombe à sa fin. D’un baiser déposé, presque volé, je m’en viens sauver cette aventureuse délurée. Prétexte pour coller mes lèvres sur les tiennes, capturer cette goutte de vin qui fait tant de siennes. En moi, a coulé le venin de ce vin qui commençait de te tuer. En toi, le sang s’est glacé, tes membres se sont rigidifiés dans une pause figée. Je t’ai imité, le doigt dirigé vers l’immensité avec pour unique pouvoir de l’observer à jamais. Ce mot, je le hais, comme celui qui nous porte, ployé par le poids de notre sombre destinée. Tu me regardes, je ne peux te voir, tes larmes coulent portant notre désespoir. Nos nuits sont semblables à nos matins, tristes et noires. Pourtant, si c’était à refaire, je poserais de nouveau mes lèvres sur le carmin des tiennes buvant cette goutte de vin scellant notre destin.
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Un jardin, un bassin, un petit matin. Un jardin, un bassin, un soir sans lendemain. Ta chaise vide. Je me souviens. Le trait de ton crayon sur la photo de nos souvenirs, ce soleil exagéré, ses éclats démesurés. Maquillé, transformé, ton dessin l’a bafoué. Nous avec. Tu le voulais, il le fallait. Transfiguré, ce soleil a carbonisé, effacé, éradiqué nos vérités. Deux chaises vides. Les cendres de ce que nous étions. Deux êtres dans un jardin au petit matin ou dans l’abandon d’un soir sans lendemain. Cela n’avait pas d’importance, nous nous aimions. Je le croyais. Toi, assise devant le bassin. Moi en retrait. J’ai toujours aimé notre jardin. Reviens. Efface de la photo, ces nuages, ce soleil, donne moi une nuit étoilée, fais moi entendre le son de la mer toute proche. J’ai besoin de rêver. Je te hais. Oui, je te hais. Pour le mal que tu nous a fait. Fallait-il que tu te prennes pour dieu ? Nous étions si bien dans notre jardin. Mais le démon de la tentation sommeillait en toi . Il a fallu que tu joues du crayon sur la toile des cieux. Nos souvenirs, nos plaisirs, tu as tout modifié. Gratuitement, stupidement. Oui, je te hais. Vomir pour tout sortir, pour tout te dire. Tu ne m’écouteras pas. Le dos tourné. Ainsi, tu étais. Ton visage, jamais je ne le voyais. Mais ta chaise était occupée. Accompagné, je me sentais sécurisé. Tout te dire, c’est t’avouer que durant ces longues années tu m’as épargné de la solitude. Cela me suffisait. Te le dire aurait eu pour effet de t’offenser. L’as-tu compris en quittant notre jardin, en détruisant la douceur de ce petit matin pour m’offrir l’assurance d’un soir sans lendemain ? Je rentre dans la nuit. Je le sens. Je m’en défends. Pourtant, c’est ainsi, il n’y a plus de place au rêve, à ce jardin et son bassin. Je ne cours pas après toi. Va au diable, tu l’as bien mérité. Le soleil va définitivement brûler les restes de notre vie largement consumée. Et alors ? Il ne touchera pas au souvenir de ce jardin merveilleux où les matins étaient des jours faits de lendemains. Notre bien le plus précieux. Eve souviens-toi …
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Petite pousse, émergeant des herbes folles, je t’ai vue grandir, te dresser vers le ciel, tendre tes premières feuilles au vent, à la pluie. La neige t’a recouvert durant ce premier hiver où j’ai cru que tu ne survivrais pas. Tu avais disparu, sans air, sans lumière. Mais, dans la verdeur d’un printemps vivace, tu t’es ébroué de tes derniers flocons. Plus tard, tes bras sont venus m’offrir ce parasol de l’été sous lequel j’ai passé de si langoureuses heures. Tu me donnais la fraîcheur de ta protection, le confort de tes racines pour le plus agréable des fauteuils que j’ai eu à connaître. J’ai souvent touché l’écorce de ce tronc puissant au corps noueux; si fort, si solide. Il y avait en lui tant d’assurance. Les oiseaux nichaient dans le creux de tes branches, piaillant contre le vent les balançant, les tourmentant. Les soirs d’automne, j’admirais le lit de feuilles mortes s’étendant à tes pieds. Il était roux, brun, or, de ces belles couleurs dont tu t’étais habillé dans un ultime éclat. Il avait l’infini de ces teintes que je ne pourrai jamais peindre sur la toile. J’ai tant de fois essayé, sans jamais parvenir à en restituer l’âme. Cela reste encore une profonde déception. Il n’y avait que toi pour savoir colorier la vie avec autant de subtilité. Mais , un soir ou peut-être une nuit, je ne sais plus, tout s’est arrêté. Je m’étais endormi. L’orage, la foudre brisaient le ciel, jaloux de ta beauté, tout en haut de la colline aux herbes vertes, si fort, si dominateur. Le diable a décidé de te crucifier. Il a juste tendu son doigt vers toi. Pourquoi ? Je ne le comprendrais jamais. Je le sais. Tu n’es plus qu’un squelette, un perchoir pour de sinistres corbeaux qui te piétinent, brisant peu à peu les frêles branches qui te restent. Les hivers aux froids mordants, les été aux souffles brûlants, te consumes lentement, mordant les restes de ta vie, les émiettant. De mon pas lourd et traînant, je te ressemble maintenant. Il m’est de plus en plus difficile de te rejoindre au bout du chemin. Demain, dans la terre, à tes pieds, j’enfouirai une poignée de glands pour sceller notre destin. De l’un d’eux, émergera un chêne grand, beau et fort comme tu le fus. Je le sais. Nous ne le verrons jamais ainsi. On ne le demande pas. Nous requérons juste la grâce de le voir émerger de terre, de se dresser et d’attendre les premières neiges venant le recouvrir. Alors, sous l’écrin blanc, il prendra cet éclat si conquérant de te ressembler. L’histoire pourra se prolonger, renaître. Sans nous. Cela est-il important ?
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A ta recherche, dans la nuit de la capitale slave, j’ai marché, longeant les eaux sombres du Danube. Longtemps, si longtemps… La chaleur étouffante, d’un été refusant de se coucher, enserrait ma gorge. Mes pas étaient lourds. J’étais sans repère au milieu de touristes allongés sur les rives du fleuve. Ils venaient y chercher une fraîcheur qui ne viendrait jamais. Brûlante, la nuit ne parviendrait pas à détacher la marque de fer rouge venue brûler la peau du jour. Les ombres le savaient, ondulant sur les eaux du Danube, lissant leurs formes sur la tiédeur des clapotis. Les monuments de la ville suivaient ce bal, s’exposant sous l’éclat vif des projecteurs. Leurs pierres étaient chaudes. Cette chaleur a parcouru la paume de ma main. J’ai senti battre les pulsations de leur cœur. Il y avait en elles le poids d’un passé que ce réverbère éclairé. Petitement, mais juste assez pour être cette bougie sous laquelle tu m’attendais et où je t’ai retrouvée.
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