
Dorme le froid de ces images évanouies. S’étire la lente agonie de nos oublis. Dans le pas entêtant d’un temps figé à jamais. Regardant sans se voir, ni pouvoir. Bouger au-delà d’une pensée prisonnière de l’absence de sang dans ses artères. Pleure le froid d’une mort sortie de tous ces corps. Recouverts d’habits cachant leurs peaux meurtries. Bleuies de froid, alanguis de s’être rassis. Dans une pause que tout oppose.Faire croire à la vie. Alors que leur réel est devenu artificiel. Caresse le froid de ces âmes transis. Aux attitudes polies, aux enfants sagement assis. Blesse le souvenir de ceux qui ont vécu en ce lieu. Faisant croire qu’il ne reste rien d’eux. Juste l’image factice d’un artifice. Qui n’a pas de talent d’actrice. Brûle le froid de rester seules dans le noir. Avec pour seul espoir de jouer le jeu du savoir. Conter aux vivants de fausses histoires. De gens riches et heureux. Qui ne rendent même pas envieux.
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Dans la cathédrale de verre sommeillent les ombres amères. Du regret de nos larmes enfouies. De n’être pas sorties. Entre la terre et la mer. Entre ces jours endiablés et ces nuits glacées. Où nous nous tenions près. L’un de l’autre pour nous réchauffer. Mais, je ne me souviens plus vraiment de ces moments. Il ne m’en reste qu’une cicatrice. Faîte de doutes que j’ai emmurés sans artifice. Dans le livre trop vite fermé de nos vies. Pour fuir, oublier ou mentir ? Je ne sais plus, je ne me souviens de si peu de choses, c’est vrai. Le temps est passé. Traînant entre le doux espoir de nos rêves chloroformés et l’idée de les protéger . Comme, je te l’avais promis. C’est ainsi. Je n’ai pas oublié les promesses que je t’avais faîtes. Ces souvenirs à conserver sans les mépriser. Tes sourires, nos rires. Tout ce qui me reste pour faire la fête. Faire semblant d’être joyeux alors que ton absence est un mal douloureux. Devrai-je te le dire ? Ou faire semblant d’être heureux ? Et se languir ? D’un temps où nous étions tous les deux. Traînant dans la cathédrale de verre. Entre ses ombres et ses mystères. Éloignés de la terre, plus proches des étoiles et de leurs lumières. A inventer un monde où nous serions reines et rois. Sans sujets, juste toi et moi. Sans règle, ni loi. Jouant sur le dos des comètes en hurlant à tue tête. Pleurent les larmes d’un violon amer. Contant le souvenir de nos rêves ébahis aujourd’hui groguis. Entre les cordes d’un ring où nos délires nous ont conduits à terre. Regards contre regards portés par des yeux hagards. S’endorment sur l’autel du martyr la langueur de nos souvenirs. Bons ou mauvais ne laissant que le regret de nos larmes enfouies. De n’être jamais sorties.
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Souviens-toi de ces chevaux de bois. Te laissant endiabler par le tourbillon de leur manège. Oui, souviens-toi. Nous y allions par les temps de neige. Main dans main donnant des coups de pied dans les flaques d’eau. Riant, parlant haut. Toi virevoltant, moi te regardant. T’enivrer le corps et la tête. De ces journées se répétant dans un esprit de fête. Nous prenions le temps, tout notre temps. Sans personne à nous attendre ou chercher à nous comprendre. Il n’y avait pas de jour, de nuit, ni même d’ennui. Nous étions seuls dans le grand parc aux grilles fermées servant à nous protéger. Pour rester à l’abri dans notre vie. Différente d’être des enfants abandonnés. Toi rêvant d’un ours en peluche que tu pourrais cajoler. Moi, rêvant de te l’offrir. N’ayant ni argent, ni les moyens d’entrer dans le magasin, juste le seul désir. De te contenter. Nous revenions du parc en passant devant la vitrine aux ours endormis. Nous les regardions comme des enfants, les trouvant beaux et mutins. Nous les observions sous la lumière crue jusqu’au matin. Nous n’étions pas là pour les voir s’éveiller ni s’étirer. Il ne restait que le pouvoir de se les imaginer. Se levant, heureux de se retrouver entre frères et sœurs de même destinée. Leur vie était un peu la notre, leur donnant des noms, des surnoms. Sans nous poser la question de savoir si le froid, la faim pouvaient les gagner. Ils étaient comme nous les enfants d’une histoire sans nom. Comme le partage d’une forme de raison. Ils sont devenus proches de nous jusqu’à ce jour où l’un d’eux a disparu. Je t’ai vue. Pleurer. Toucher par l’absence du disparu. Comme si tu avais perdu un frère ou le souvenir d’un père. J’ai cherché dans le reflet de la vitre ton visage, mon image. Il n’y avait rien à voir. Comme les ours nous n’avons pas d’histoire. Portant le sort d’enfants morts.
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Regarde la ville s’étaler en murs droits et linéaires. Où s’abritent des êtres sombres derrière. Observant par les fenêtres la lente fabrication du mystère. D’un silence oppressant sur la cité s’abattant. Aux trottoirs déserts. Dans le calme précaire. D’une absence étouffante. Marche l’âme amère d’un être de misère. Errant sur les pavés recouvrant les fossilises du passé. A la recherche de goûts et de couleurs teintés de souvenirs. Du miel de cette époque révolue où volaient les abeilles. Sur les fleurs de notre verger aujourd’hui sans fruits à cueillir. Laisse la ville s’étaler en murs droits et linéaires. Pays de fantômes droits et fiers. Que jamais personne ne voit. Derrière la tristesse épanouie de murs gris et froids. Je pense alors à toi. Courant à travers bois. Le bonheur au bout des doigts. C’était, il y a longtemps. Lorsque nous étions des enfants. Épargnés de l’avancée du monstre de pierres. A l’expansion totalitaire. Qui peu à peu fabrique les murs de notre cimetière. Où nous passons des années entières. Sans autre horizon qu’une ville qui marche, conquérante et fière d’étendre ses artères.
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Errer dans une maison qui n’est pas inconnue. Sous les regards du chien et du chat surveillant tout en retenue. Mon impromptue venue. Toucher les meubles en les écoutant frissonner d’être là par hasard. Placés au milieu d’un immense bazar. Qui frappe ta mémoire. Décor où tu a cloué le miroir. De ces choses qui peuvent t’émouvoir. Traîner les pieds sur le parquet. Sans faire de bruit, juste porté par le silence de glisser sans laisser de traces. Passage fugace. Marchant sur les pas de milliers de joies et de tragédies. En sachant que pour pardon elles ont eu l’oubli. De ne plus sentir le souffre de corps qui souffrent. Dors l’absence apportant le calme d’un matin. Sur le reflet d’une vitre embuée par les souffles du chat et du chien. Prudents gardiens. D’une maison endormie. Où je t’aurais vue assoupie. Plus haut à l’étage ignorante de mon passage. Alanguie dans le pelage. De milliers d’animaux veillant sur tes mirages. Mors l’ombre d’un soleil sur le cimetière d’une nuit sans lune. Noyant tes cauchemars dans les eaux claires d’une lagune. Brillent les vagues d’une marée montante peignant son écume. Sur les lattes d’un sol d’où s’échappent les ombres. De ta nuit frappées par les coups sombres. D’horloges désynchronisées émiettant le temps. En morceaux volés aux yeux carnassiers. Du chat et du chien. Envahissantes statues. Ayant oublié mon impromptue venue.
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